Quinze ans après sa mort, c'est l'heure du grand retour du Subbuteo, «un vrai sport» selon les fans

Antoine Maes

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Axel Donval, le meilleur français en activité au Subbuteo, le 16 octobre 2013, à Paris.
Axel Donval, le meilleur français en activité au Subbuteo, le 16 octobre 2013, à Paris. — V.Wartener / 20 Minutes

On vous parle d’un jeu que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Quinze ans après sa dernière édition, le mythique Subbuteo vient d’être exhumé des greniers, dépoussiéré et mis en vente dans les magasins de jouets. Un gros pari: relancer un jeu où il faut donner des pichenettes à des figurines en plastique, alors que vos enfants réclameront au père Noël des jeux vidéos comme «Fifa 13» ou «PES». 

Les consoles, c’est d‘ailleurs bien ce qui avait provoqué la mort du Subbuteo en 1998. «Ça a accaparé une grosse part du marché du jouet. Mais aujourd’hui, c’est une banalité, on peut même jouer sur son téléphone, remarque Pascal Esnol, le PDG de Megableu, la société qui a décidé de relancer cet ancêtre. Il y a un regain d’intérêt pour les jeux de société traditionnels, grâce à leur valeur sociale. Et ce sont des produits qui ont des prix abordables [45 euros le coffret quand même, 12 euros pour acheter son équipe favorite].» 

Après avoir passé un contrat de licence avec les Américains d’Hasbro, les Français de Mégableu ne sont pas trop inquiets au sujet du succès potentiel de ce «revival». «On veut re-sensibiliser la clientèle d’anciens joueurs qui ont aujourd’hui 35 ou 40 ans, plutôt que les enfants qui sont accaparés par les jeux vidéo. Ce sont les anciens qui vont redonner goût aux jeunes de ce jeu», remarque Pascal Esnol, qui projette de commercialiser prochainement des coffrets pour les gros clubs de Ligue 1. 

«On a perdu toute une génération de joueurs, et on est redescendus aux alentours de la 10e place mondiale» 

Pour la première année, la société espère vendre 20.000 exemplaires. Relancé en Angleterre il y a un an, le Subbuteo a cartonné avec 40.000 ventes. Parce que c’est bien plus qu’un jeu. «Pour moi, c’est un sport», explique Axel Donval, le meilleur joueur français du moment, classé aux alentours de la 30e place mondiale. Comme lui, ils sont aujourd’hui 150 en France, répartis dans dix clubs, à avoir entretenu la flamme du Subbuteo alors même que le jeu n’était plus vendu dans l’Hexagone. 

Regroupés dans la Fédération française de football de table sport (FFFTS), les aficionados du Subbuteo ont carrément participé à l’élaboration de la nouvelle formule. «On essaie de pas refaire les mêmes erreurs, explique Thomas Ponté, le président de la FFFTS. Avant, on sortait le jeu, on jouait dix minutes, la figurine tombait et se cassait, et là elles sont incassables. Les socles sont aussi plus fins, ce qui a amélioré la glisse.» 

Pour lui, l’enjeu n’est pas qu’industriel. «A notre apogée, dans les années 80 ou 90, la France était 2e ou 3e mondiale. Mais l’arrêt du jeu nous a pénalisés, on a perdu toute une génération de joueurs, et on est redescendus aux alentours de la 10e place mondiale», regrette Thomas Ponté, qui voit dans le Subbuteo un mélange du billard et des échecs. S’il n’en vit pas (il est chef de cuisine dans le civil), Axel Donval voyage, lui, à travers l’Europe grâce au football de table. Ne pas croire que c’est à portée de tout le monde: «Il faut être fort mentalement, en forme physiquement, avoir une grande dextérité et savoir garder la maîtrise de soi.» Et bosser des heures la qualité de vos pichenettes au lieu d’user vos pouces sur les manettes de vos consoles.