Roger Taillibert, architecte du Parc des Princes: «Cette espèce de corbeille à fleurs a gardé toute sa force»

Antoine Maes

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Le Parc des Princes en août 2013.
Le Parc des Princes en août 2013. — JACQUES DEMARTHON / AFP

«Vous savez, ce sont surtout les grandes équipes qui savent utiliser les beaux stades.» A 87 ans, Roger Taillibert a toujours un œil acéré quand il s’agit d’évoquer les stades. Alors que l’équipe de France retrouvera le Parc des Princes vendredi, son architecte raconte la naissance de cette enceinte mythique, mais aussi sa rénovation à venir. 

Est-ce que vous avez un droit de regard sur la future rénovation du Parc des Princes?

Ca me semble raisonnable étant donné que le stade est un patrimoine de Paris, on ne peut pas s’amuser à y faire n’importe quoi. Mais on peut l’améliorer. Comment? Je discute avec [le directeur général du PSG] Jean-Claude Blanc, c’est tout ce que je peux vous dire. On peut faire mieux circuler la foule, lui donner des salons, de belles loges. Des choses qu’on explique depuis vingt ans, que tout le monde connaît… Tout est possible dans la vie, quand on veut le faire et qu’on y réfléchit. 

C’est vrai que vous êtes contre un Parc des Princes à la capacité supérieure à 60.000 places?

Pour le moment on ne peut pas beaucoup y toucher. On y arrivera peut-être un jour, mais il ne faudra pas en mettre trop. C’est le problème des stades dans la ville: 60.000 places, c’est déjà une ville! Il faut rassembler ces gens, les mettre dans les rues tous ensemble, trouver des parkings et tout. Vous n’y arriverez pas. La dimension raisonnable c’est de ne pas dépasser les 60.000. Des stades de 50.000, bien conçus au niveau acoustique, s’il y a une bonne ellipse qui ramasse tout, c’est quand même plus agréable que d’aller à Charléty où tout s’envole. 

Quand on a évoqué la démolition du Parc, vous en pensiez quoi?

Vous voulez détruire Notre-Dame aussi pour faire un peu de place? Et pourquoi pas la Tour Eiffel pour qu’on voie mieux le Champ-de-Mars?

Retournez-vous souvent au Parc des Princes?

J’y vais presque à chaque match. Contre Benfica, le stade était plein, il y avait une espèce d’euphorie dans les gradins, une musique de la joie des hommes, que vous trouvez rarement dans d’autres enceintes. Quelque chose que vous ne trouverez sûrement pas au Stade de France, qui est vraiment le stade des courants d’air. Au Parc, il y a des spectateurs qui m’attrapent par la manche pour me dire ce qu’ils pensent, et ce n’est jamais pour aboyer contre moins. 

Quelle est votre philosophie au moment de construire un stade?

Le football est devenu un opéra. La scène, c’est la pelouse. Les acteurs, ce sont les joueurs. Au Parc, les tribunes sont plus calmes certes, mais aussi au niveau de la sécurité. Les gens qui viennent sont là pour assister à un spectacle. Ils ont maintenant l’impression d’être dans un lieu stable, et je crois que c’est une bonne chose. Venir au stade avec la peur, c’est tendu. 

Est-ce qu’avec le recul, vous vous dites qu’il y a des choses que vous auriez pu faire différemment?

Quand on a fait ce stade il n’y avait pas d’argent. On en avait juste assez pour faire la tribune au-dessus du périphérique. J’ai dû aller au Conseil de Paris pour pouvoir finir celle de Boulogne, ça a été une bataille terrible, j’avais toute l’administration contre moi. Heureusement que j’avais passé d’autres épreuves dans ma vie: la Gestapo n’avait pas pu m’abîmer, alors je n’allais pas avoir peur de ces services-là. On ne voulait pas d’ascenseur, on ne voulait pas de salle de conférence, on ne voulait pas de super vestiaire… Quand on leur a dit qu’on voulait mettre une piscine on nous a répondu «mais qu’est-ce que c’est que ça?». Ca s’est passé comme ça! Alors comment voulez-vous que je vous dise ce que j’aurai fait différemment… 

Est-ce que vous trouvez que ce stade a bien vieilli?

Il n’a pas mal vieilli en tout cas. L’architecture n’a pas changé. Cette espèce de corbeille à fleurs a gardé toute sa force. Je ne pense pas que Jean-Bouin on en aura la même vision dans le temps, même s’il est mieux qu’avant, c’est sûr. Je suis allé à celui de Lille. Mais ce n’est pas au milieu de millions de tonnes d’acier que je pourrai dire que je suis bien là-dedans.