Dortmund: Henrikh Mkhitaryan, la gloire de son père

FOOTBALL Le meilleur footballeur de l’histoire de l’Arménie suit les traces de son père, décédé à 33 ans d’une tumeur au cerveau...

B.V.

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Le meneur de jeu arménien de Dortmund, Henrikh Mkhitaryan, le 24 septembre 2013 à Munich
Le meneur de jeu arménien de Dortmund, Henrikh Mkhitaryan, le 24 septembre 2013 à Munich — Matthias Schrader/AP/SIPA

Tout a commencé par un tremblement de terre. Le 7 décembre 1988, Erevan s’effondre sous le poids d’un séisme qui emportera entre 25.000 et 30.000 vies. De nombreux Arméniens sont obligés de quitter la capitale, comme le footballeur Hamlet Mkhitaryan, qui trouve refuge à Valence, dans la Drôme. Un an plus tard, son fils Henrikh, à peine né, le rejoint. Il y apprend le français, avant de revenir au pays à 7 ans et de devenir footballeur comme son père.

«Sa mère a su cultiver la passion du foot»

Recruté cet été pour 28 millions d’euros par Dortmund au Shakhtar Donetsk, Henrikh vit le rêve qu’Hamlet a vu abruptement s’envoler, lorsqu’on a diagnostiqué au «bombardier d’Erevan» une tumeur au cerveau incurable à 33 ans, en 1995. «Henrikh était toujours dans les pas de son père, un ballon de foot au pied, se souvient Gilles Avakian, qui a accueilli la famille Mkhitaryan à Valence. Déjà tout petit, on voyait qu'il avait le sens du ballon, on sentait qu'il était sur les traces du père.»

Quelques années plus tard, cet ami reste abasourdi en visionnant un match du Shakthar. «J’ai eu l’impression de voir son père: la même façon de courir, la même couverture de balle.» Hamlet a laissé un héritage à son fils. «Il est né avec un don, enchaîne Gilbert Léonian, pasteur et ami d’Hamlet. Mais c’est la maman qui a su cultiver la mémoire du père et la passion du foot dans la famille. Le père était un champion, la mère travaille à la fédération arménienne, la sœur à l’UEFA. Une famille comme ça, ce n’est pas banal.»

Le Aznavour du foot

A Erevan, où un centre d’entraînement porte le nom de son père, le meneur de jeu de Dortmund est une icône. «Pour les Arméniens, son père c’était Platini, et lui c’est Zidane», sourit Gilles Avakian. Qui n’hésite pas le comparer aussi à Charles Aznavour pour son rayonnement international. «Il est le porte-parole du peuple arménien, avance Léonian. Mais à sa façon: c’est quelqu’un qui sait se faire aimer sans s’imposer. Il dégage beaucoup d’humanité.»

Régulièrement en contact avec la famille, Avakian décrit lui aussi un garçon «un peu timide, d’une modestie incroyable, ne cherchant pas à en mettre plein la vue.» Gilbert Léonian résume: «D’un côté, Il a le calme et l’humilité de sa mère, il ne réalise presque pas son talent. De l’autre, l’amour du foot, le bouillonnement intérieur de son père.» Et c’est sans doute pour ça qu’il s’y voit déjà, en haut de l’affiche.