Tour d’Espagne: Warren Barguil, le grimpeur qui grille les étapes

Romain Scotto

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Le cycliste d'Argos Warren Barguil, lors de sa victoire d'étape sur le Tour d'Espagne, le 9 septembre 2013.
Le cycliste d'Argos Warren Barguil, lors de sa victoire d'étape sur le Tour d'Espagne, le 9 septembre 2013. — JAIME REINA / AFP

En tant que néo-pro, il pourrait rester bien au chaud, observer, et apprendre les rudiments du monde professionnel auprès de ses coéquipiers. Mais à 21 ans, Warren Barguil gagne déjà en coureur d’expérience. Avec ses deux victoires d’étape en quatre jours dans la montagne, le grimpeur français a gagné le respect de tout le peloton de la Vuelta. Nibali ou Rodriguez en tête. Tous sont scotchés par les performances de ce coureur au prénom peu commun, Warren, que ça mère a découvert sur un cahier d’écolier par hasard (son frère s’appelle Brayann). Mais surtout par ce physique de brindille (60kg pour 1,82m) qui s’agite dans les cols.

«Warren, c’est un pur grimpeur mais surtout une grosse pointure. Avec Thibaut Pinot, c’est le meilleur coureur qu’on ait connu en 30 ans, s’enthousiasme Robert Oriolo, son président au CC Etupe, où il courait encore l’année dernière avant de rejoindre l’équipe néerlandaise Argos. Selon lui, le jeune grimpeur aurait pu passer pro un an plus tôt. Mais pour «progresser tranquillement», il a préféré s’infliger un peu de rab dans le club des Vosges, le temps de gagner treize nouvelles courses, dont le Tour de l’Avenir 2012. «Cette victoire-là, il l’a acquise en gérant ses adversaires. Il n’avait que deux secondes d’avance sur le second et aurait pu attaquer à plusieurs reprises, mais il a adopté une tactique de coureur pro.»

«Le but, c’est d’être le meilleur mondial»

Avant de dompter la montagne espagnole, Barguil a donc bien géré sa progression, en suivant les plans d’entraînement de Julien Pinot, engagé depuis par la FDJ. Au CC Etupes, son ancien directeur sportif se souvient du temps où le coureur optait de lui-même pour le covoiturage «pour limiter les frais du club parce qu’il habitait loin, en Bretagne.» Sa région natale, où son père l’a initié au vélo, à travers le cyclo-cross.

Très véloce malgré son physique de «chat maigre», Barguil aurait dû séduire les équipes françaises. A vrai dire, toutes l’ont été au sortir du Tour de l’Avenir. Mais trop tard. Le coureur avait donné sa parole à Argos, les premiers qui lui avaient fait des avances. Aujourd’hui, les dirigeants néerlandais se félicitent de leur bonne pioche. Mais reste un risque. Celui d’en faire un futur vainqueur du Tour de France en puissance, le fameux et insupportable champion-que-la-France-attend.

A ce sujet, l’ancien grimpeur Luc Leblanc ne s’en fait pas trop. En tant qu’expatrié, il «est moins exposé. D’ailleurs, même dans son équipe, personne ne s’attendait à de tels résultats si rapidement.» De toute façon, le coureur s’était lui-même occupé de la mise sous pression, en affichant haut ses ambitions: «Meilleur Français, ce n’est pas une récompense. Le but, c’est d’être le meilleur mondial», claironnait-il lors du dernier Dauphiné. D’ici là, il aura le temps de griller d’autres étapes.