Francky Dury: «Les Diables Rouges, c’est le meilleur produit marketing du pays»

Antoine Maes

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L'équipe de Belgique célèbre sa victoire contre l'Ecosse en éliminatoire du Mondial 2014, en novembre 2012, à Bruxelles.
L'équipe de Belgique célèbre sa victoire contre l'Ecosse en éliminatoire du Mondial 2014, en novembre 2012, à Bruxelles. — VIRGINIE LEFOUR / BELGA / AFP

C’est un quasi-inconnu en France. Pourtant, au moment de trouver un successeur à Rudi Garcia au Losc, son nom a circulé. Francky Dury, coach de Zulte-Waregem, a fait passer son club des tréfonds des divisions amateurs belges à la Ligue Europa. Un succès qui a permis à cet ancien commissaire de police d’occuper pendant quelques mois le poste de directeur technique national. Au moment où la France défie Belgique à Bruxelles, il est bien placé pour étudier le renouveau des Diables Rouges, remontés à la 10e place au classement Fifa après un trou noir d’une quinzaine d’années.

Comment s’est relevé le football belge?

On a toujours eu des bons talents. Mais quand vous n’avez pas de succès, vous n’avez pas de patience. En France avant, aux Pays-Bas, en Espagne, en Allemagne, ce sont des nations qui ont du succès. Donc quand un jeune arrive, on lui donne du temps pour se développer. Mais quand on n’a plus de succès, on n’a plus de patience. Hazard jouait très bien à Lille et quand il venait en Belgique avec l’équipe nationale, c’était jamais bien. On disait: «Ils sont bien en France, en Angleterre, en Allemagne, mais pas chez nous». C’était le grand problème. Je me rappelle d’un match au Heysel, il y avait 25.000 spectateurs, il fallait donner des places pour remplir le stade. Maintenant, dans un stade de 80.000, tout est plein. Maintenant les Diables Rouges, c’est le meilleur produit marketing du pays. 

Est-ce que les Belges ont changé quelque chose dans la formation?

J’ai été DTN quelques mois, j’ai fait connaissance avec les formateurs, ils ont toujours bien travaillé. Le problème, c’est qu’on n’a pas beaucoup d’argent. Je suis coach à Zulte-Waregem, on est vice-champion, on a un budget de huit millions d’euros. J’ai négocié avec Lille en mai, ils ont dix fois ça. C’est une autre approche… On doit être plus inventif pour former des jeunes. Mais on a un désavantage: on ne peut pas donner de contrat en dessous de 16 ans. A l’étranger, on donne déjà des contrats à cet âge. Pour l’étranger, la Belgique est un bon pays! Divock Origi aujourd’hui ou Eden Hazard avant, c’est ça. Je ne sais pas si ça va changer. 

Comment la Belgique peut-elle arriver à garder ses jeunes plus longtemps?

J’ai quatre internationaux espoirs à Zulte, dont Thorgan Hazard, le frère d’Eden: il faut leur donner un avenir. Mais comme le climat s’est amélioré, on fait jouer plus de jeunes. Avant, un agent qui voulait placer un joueur, il le mettait en Belgique. Il y avait toujours de la place pour quelqu’un. Et ça, c’est en train de changer. On donne plus d’opportunité aux jeunes gamins. 

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Le niveau du championnat belge est-il handicapant?

A Anderlecht, il n’y a qu’un seul international. A Bruges, il n’y en a plus. L’équipe la plus riche, c’est Anderlecht, le budget est environ 35 millions d’euros en France. Chez vous, vous avez des clubs où le budget n’a pas de limite. Et on a un problème de stade: quand je regarde de l’autre coté de la frontière à Lille et Valenciennes, je me dis «nom de Dieu quand est-ce que ça va arriver chez nous?». Après, je ne pense pas que ce soit un désavantage pour l’équipe nationale. Je me rappelle très bien la génération des Zidane, Thuram, Lizarazu… Ils jouaient où? En Italie, en Allemagne et plus dans le championnat local. 

Quel est le rôle de Marc Wilmots, le sélectionneur?

Il est très clair dans sa communication. Ce sont les mêmes règles pour tout le monde. En Belgique, c’est un grand nom, et il a donné beaucoup de confiance aux jeunes joueurs. Il a un très grand rôle dans le développement des Diables Rouges. 

Elle peut aller jusqu’où cette équipe?

Si on compare avec la France, les Pays-Bas, ou même l’Angleterre, je pense qu’on est en compétition. L’Espagne et l’Allemagne sont plus compétitifs encore. On est 1er de notre groupe avec la Croatie, on n’a pas encore fait d’erreur. Seul Dieu sait jusqu’où on peut aller, mais je pense très loin.