Guingamp-OM: «Même chez les amateurs, entraîneur est un vrai métier», estime Jocelyn Gourvennec

Antoine Maes

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L'entraîneur de Guingamp, Jocelyn Gourvennec, le 3 août 2013, à Rennes.
L'entraîneur de Guingamp, Jocelyn Gourvennec, le 3 août 2013, à Rennes. — DAMIEN MEYER / AFP

Pas la peine d’essayer d’appeler un Guingampais cette semaine. Jocelyn Gourvennec a fait passer le mot dans le vestiaire: les interviews sont interdites aux joueurs, qui recevront Marseille dimanche pour la 1ere journée de Ligue 1. «Je ne voulais pas que les joueurs se dispersent. Quand c’est comme ça, on lâche du jus et le soir du match, ça ne fait rien», assure l’entraîneur. Pour lui l’élite sera une redécouverte: l’ancien numéro 10 de Rennes, Nantes ou l’OM a dû commencer sa carrière de coach chez les amateurs, en DH, à la Roche-sur-Yon.

Est-ce qu’on peut vendre autre chose à ses joueurs que le maintien quand on est l’entraîneur de Guingamp?

Je ne suis pas là à marteler «il faut se maintenir! Il faut se maintenir!» Tout le monde sait très bien que quand on est promu, l’objectif c‘est de se maintenir. Une fois que c’est dit, on passe à autre chose et on s’en donne les moyens. Le travail depuis la reprise est axé sur le fait d’être costaud très vite sur le plan défensif, de garder nos principes offensifs et nos habitudes de jeu. Et le maintien sera une conséquence de tout ça. 

C’est quoi le plus gros danger pour l’EAG?

Qu’on mette trop de temps à se mettre au niveau de la Ligue 1. Troyes s’est mis en difficulté l’an passé pour cette raison, Nancy aussi. Il y a eu une réaction, mais le retard pris au départ a été fatal. Il faut se servir de l’expérience de Bastia ou Reims. Ce n’était pas facile, mais ils ont pris les points assez vite. Nous, on a rajouté un peu de vitesse un peu partout, devant, au milieu, derrière, parce qu’en Ligue 1, c’est plus costaud. L’urgence, c’est de se mettre au niveau. 

La Ligue 1, ça vous a manqué?

Non, parce que finalement je n’ai pas coupé très longtemps. J’ai fini en Ligue 2 en 2006, j’ai enchainé pendant deux saisons comme consultant à Canal, en suivant les espoirs. Ensuite j’ai fait ma formation DEPF à la DTN, où j’étais encore en contact avec le haut-niveau. J’ai fait mes stages dans des clubs en France et à l’étranger. C’était au Herta Berlin avec Lucien Favre. Et puis ensuite je suis arrivé à Guingamp. Tout ça m’a permis de garder un œil affuté. 

Pourquoi avoir décidé de commencer votre carrière à La Roche-sur-Yon en DH?

Il y en a très peu qui démarrent tout de suite avec des pros. A ma connaissance, je ne connais que Le Guen, Blanc et Deschamps qui ont commencé avec une belle équipe de Ligue 1. Tous les autres font leurs preuves. J’ai fait le choix de revenir chez les amateurs. Je préférais ça que prendre une équipe de jeune dans un centre de formation. Ca m’a permis de toucher à tous les aspects de fonctionnement d’un club. 

L’objectif, c’était quand même d’entraîner en Ligue 1?

C’était une envie que j’avais au fond de moi. Une ambition. Mais sans me fixer de calendrier. Je n’ai pas fait de plan. J’avais prévu de rester à la Roche-sur-Yon une 3e année avant de signer à Guingamp. Je me réalisais dans le métier. Même chez les amateurs, c’est déjà un vrai métier. 

Vous y retourneriez, en amateur?

J’aime le haut niveau. C’est l’expression de la compétition la plus performante. Je n’aimerais pas entraîner pour le plaisir d’entraîner. Mais en même temps, je me souviens d’une phrase de Kanouté, quand il était en plein boom à Séville. Il avait expliqué qu’il avait fait différents choix de carrière, mais selon lui, si un joueur s’épanouit en signant à Cuiseaux-Louhans, il ne voyait pas où était le problème. Et je trouve qu’il a raison : je n’ai rien contre Cuiseaux-Louhans, mais on se réalise chacun de différentes manières, et tout se respecte. 

Suaudeau, Denoueix, Le Guen, Courbis… Qu’est-ce que vous avez gardé de vos entraîneurs?

Ils m’ont tous marqué. Il y en a avec lesquels j’ai retenu beaucoup de choses positives. D’autres où j’ai retenu des choses à ne pas faire, dans la gestion du groupe notamment. Celui qui regroupait toutes les choses qui me plaisent c’est Raynald Denoueix. Je l’ai eu un an, mais j’ai vraiment accroché dans sa manière de voir le foot, de gérer l’aspect technique, et dans sa façon de se comporter humainement avec ses joueurs. Avec beaucoup d’exigence mais aussi beaucoup d’empathie. 

On vous prête des principes offensifs. Est-ce qu’on peut survivre en L1 avec un jeu «noble»?

Les entraîneurs sont catalogués. Mais pour moi, jouer c’est être efficace. On a plus de chance de gagner des matchs en ayant un jeu élaboré qu’avec un jeu stéréotypé et fermé. Après, on ne peut pas éluder tous les aspects d’organisation défensive qui font partie du jeu. Le problème de Troyes, par exemple, c’est qu’ils ont mis six mois à s’y mettre. Le jeu ce n’est pas seulement le jeu du Barça.