Parent, frère, ami… Quand les proches des joueurs se prennent au jeu du mercato

Antoine Maes

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Le joueur du Losc Florian Thauvin sous le maillot de l'équipe de France U20, le 10 juin 2013, en Turquie.
Le joueur du Losc Florian Thauvin sous le maillot de l'équipe de France U20, le 10 juin 2013, en Turquie. — OZAN KOSE / AFP

Dans le clan Thauvin, on le surnomme «Tonton Adil». Il y a quelques mois à peine, ce proche du père du nouveau joueur lillois tenait encore une boucherie à Paris. Aujourd’hui, alors que le Losc fait tout pour garder son joueur face à l’OM, c’est lui qu’il semble falloir contacter pour essayer de faire pencher la balance. C’est en tout cas ce que nous apprend Le Parisien, vendredi.

«Tonton Adil» n’est pas un cas particulier. Si l’immense majorité des joueurs professionnels se sont tous attachés les services d’agents, les plus jeunes ont souvent dans leur cercle rapproché une personne qui peut avoir un rôle prépondérant sur leur carrière. Une situation bien souvent extrêmement floue, aux confins de l’amitié et de l’argent facile. 

«On ne peut pas penser qu'un parent va agir contre l'intérêt de son enfant» 

Le milieu fourmille d’histoires à ce sujet. Les cousins d’un attaquant ayant évolué dans le Nord qui menacent des journalistes et insultent des dirigeants en pleine négociation de transfert. Le frère d’un jeune espoir qui fait fermer une page Facebook de fans après trois mauvais commentaires. Le père d’un international qui exige qu’on lui trouve un emploi en échange de la signature de son fils… avant de le quitter deux mois plus tard. 

Les parents ne sont pourtant pas les plus redoutables. D’abord parce que le règlement de la Fifa les autorise à «représenter (les joueurs) lors de négociations sur la conclusion ou la reconduction d’un contrat de travail. Mais surtout «parce qu’on ne peut pas penser qu'un parent va agir contre l'intérêt de son enfant», explique Sébastien Frapolli. 

Lui-même agent de joueur, il est bien placé pour parler du rôle de ce fameux «entourage», puisque son frère Olivier a été professionnel de 1991 en 2003, principalement en Ligue 2. «Je suis devenu son agent une fois que j’ai eu ma licence. Je ne le suis plus aujourd'hui: depuis qu'il est entraîneur (à Orléans, en National, ndlr), on a pris la décision conjointement de ne pas se mêler des affaires de l'un et de l'autre: ce serait facile de dire que le recrutement est fait par son frère, dans un but personnel et au détriment de l'intérêt du club qui l'emploie.» 

«Ceux qui travaillent illégalement sont obligés de partager leur commission» 

Celui qui exerce une profession souvent décriée sait qu’il existe des gens dont on parle peu et qui font parfois beaucoup plus de mal. «C’est l’entourage large, qui  n’a pas les armes pour pouvoir conseiller le joueur sur sa carrière, ce qui nécessite du recul et de l'expérience. Il souhaite souvent que le joueur joue plus, gagne plus... Ils mettent ainsi de la pression indirecte sur le joueur, et de la pression négative sur le club et l'agent, raconte Sébastien Frapolli. Certains clubs sont ainsi très regardants quand à l'entourage et l'équilibre dans la vie du joueur». Le problème, c’est que tout cela se passe le plus souvent en toute illégalité. 

Pour exercer la profession d’agents de joueur, il faut en effet détenir la licence adéquate, qui s’obtient après un concours ardu. Du coup, «l’entourage» finit sur les bancs de l’EAJF (Ecole des agents de joueurs de football), une sorte de «prépa» pour le concours d’agent. «Ils représentent plus ou moins 20% de nos élèves, assure Anthony Zouzout, le directeur business et développement de l’école. Pour exercer légalement, il n’y a pas d’autre choix. Ceux qui travaillent illégalement sont obligés de partager leur commission. On peut le faire pour une transaction, mais le but du métier d’agent ce n’est pas de faire un one-shot.»  De là à imaginer «Tonton Adil» faire concurrence aux plus grands agents français, il y a encore une marge.