Athlétisme: Usain Bolt plus fort que l'air, selon des chercheurs

SCIENCE Alors que les chercheurs ont prouvé que Bolt était moins aérodynamique que la moyenne des humains...

Avec AFP
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Usain Bolt lors du meeting de Rome le 6 juin 2013.
Usain Bolt lors du meeting de Rome le 6 juin 2013. — ALBERTO PIZZOLI ALBERTO PIZZOLI / AFP

Avec sa taille de  1,96m, Usain Bolt n'est pas un modèle d'aérodynamisme. Il détient  pourtant depuis 2009 le record du monde du 100m, un exploit qu'ont  analysé des physiciens, démontrant l'extraordinaire puissance qu'il met  en oeuvre.

Selon le modèle développé par l'équipe de Jorge Hernandez  (Université autonome de Mexico), le temps de 9,58 secondes réalisé par  Bolt à Berlin a nécessité une force moyenne de 815,8 newtons. Et  l'athlète jamaïcain a atteint une vitesse maximale de 12,2 mètres par  seconde.

Mais selon les chercheurs, le plus étonnant dans cette  performance est que l'essentiel du travail fourni par Bolt a été annulé  par la résistance de l'air. En prenant en compte l'altitude de la piste de Berlin, la  température au moment de la course et le profil de Bolt lui-même, ils  ont calculé qu'il avait un «coefficient de traînée» de 1,2, autrement  dit qu'il est moins «aérodynamique» que l'humain moyen.

Selon ces calculs, Bolt a développé 81,58 kJ d'énergie  pendant les 9,58 secondes de la course, mais seulement 7,79% de cette  énergie ont servi au mouvement. Tout le reste (92,21%) a été absorbé par  la traînée, la force imposée par les conditions terrestres, qui  s'oppose à celle que le coureur exerce vers l'avant.

«Il n'est pas aussi aérodynamique  qu'un humain peut l'être»

Les chercheurs ont de plus calculé que Bolt avait une  puissance maximale de 2.619,5 watts après seulement 0,89 seconde de  course, alors qu'il était à la moitié de sa vitesse maximale, ce qui  démontre l'effet presque instantané de la traînée.

«Le coefficient de traînée que nous avons calculé met en  évidence les capacités exceptionnelles de Bolt. Il a été capable de  pulvériser plusieurs records alors qu'il n'est pas aussi aérodynamique  qu'un humain peut l'être», a commenté Jorge Hernandez. «Bien sûr, si Bolt devait courir sur une planète avec une  atmosphère beaucoup moins dense, il pourrait battre des records de  manière fantastique», a-t-il ajouté.

Selon les chercheurs, leurs équations peuvent aussi prendre  en compte l'existence ou non d'un vent arrière. Ils ont ainsi comparé la  performance de Bolt à Berlin, où il y avait un vent arrière de 0,9  mètre par seconde, avec son précédent record (9,69 secondes) aux Jeux  olympiques de Pékin de 2012, où la course s'était déroulée sans vent  arrière. Selon leurs calculs, Bolt aurait réalisé un moins bon temps à  Berlin en l'absence de vent arrière, mais il aurait quand même battu  son record de Pékin, avec un temps estimé de 9,68 secondes.

Les scientifiques ont utilisé des données de l'Association  internationale des Fédérations d'athlétisme, qui a enregistré la  position et la vitesse de Bolt à chaque dixième de seconde du 100 m  pendant les Championnats du monde d'athlétisme de 2009 à Berlin. Leurs résultats sont publiés vendredi dans la revue European  Journal of Physics, à deux semaines des Mondiaux de Moscou, où Bolt  s'alignera de nouveau sur le 100 m, après son échec en 2011.