Transferts: Pourquoi Cavani vaut-il 64 millions d’euros?

B.V.
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L'Uruguayen Edinson Cavani, le 30 juin 2013
L'Uruguayen Edinson Cavani, le 30 juin 2013 — Fernando Llano/AP/SIPA

Entre David Villa et Edinson Cavani, il y a 59 millions d’euros d’écart. On ne parle pas ici de niveau, mais bien de coût de transfert. L’Espagnol –champion d’Europe et du monde- quitte en effet Barcelone pour rejoindre l’Atlético Madrid contre 5 millions d’euros pendant que le Napolitain est bientôt transféré à Paris pour 64 millions. Illogique? Pas forcément. Le prix d’un transfert varie en fonction de plusieurs données bien distinctes de la qualité intrinsèque des joueurs.

Le profil du joueur

Deux types de joueurs enflamment souvent le marché: les stars comme Cavani, capables de rembourser rien qu’en marketing le prix de leur transfert, et les grands espoirs déjà «matures», prêts à exploser. Pastore, arrivé en 2011 à Paris pour 43 millions d’euros, ou le latéral de Lille Lucas Digne, annoncé partant pour quinze, en sont les exemples. A l’inverse, les prix des transferts, passé 30 ans, chutent de manière vertigineuse. De plus, «il existe toujours une grande disparité en fonction des postes», ajoute Frédéric Guerra, agent de joueur. Un buteur comme Cavani coûtera toujours plus cher qu’un défenseur, les gardiens étant les joueurs les plus abordables, «à moins d’être dans les deux ou trois meilleurs au monde.»

Le contrat à casser

Plus un joueur possède d’années de contrat avec son club, plus il est cher. Ce qui explique aussi que certains clubs sont prêts à brader un élément pour gagner un peu d’argent avant que celui-ci ne parte gratuitement. C’est le cas de David Villa, qui aurait pu quitter Barcelone l’an prochain, mais qui rejoint l’Atlético Madrid pour cinq petits millions d’euros. En Espagne et en Italie, les contrats fixent obligatoirement une «clause libératoire», somme contre lequel un club ne peut retenir son joueur. «Elles sont souvent tellement hautes qu’elles n’ont souvent pour but que de dissuader, note Guerra. Elle vaut pour Cavani car le club est sain financièrement et que le joueur a un certain nombre d’années de contrats [jusqu’en 2016]. Mais pour un joueur où la clause est payée, il y en a 100 où elle explose de 80%.» Depuis son dernier renouvellement de contrat, celle de Messi est fixée à 250 millions d’euros.

Le mode de paiement

«C’est comme dans le commerce au quotidien, estime Guerra, qui s’occupe entre autres des intérêts de Loïc Rémy. Si vous avez besoin de vendre votre appartement parce que vous en avez un autre à payer, ce n’est pas le même prix que si vous avez le temps.» S’il n’avait pas l’obligation financière de vendre, Lille aurait sans doute demandé plus à l’OM pour Dimitri Payet, transféré 10 millions d’euros cet été. Généralement, les clubs avec de bonnes garanties bancaires et de la disponibilité en trésorerie obtiennent des ristournes de quelques millions en payant comptant plutôt qu’en plusieurs fois.

Les bonus et copropriétés

C’est la nouvelle mode. Plutôt que de faire grimper la somme fixe à payer, les clubs s’entendent sur quelques bonus à payer dans le futur. «C’est un jeu qui dépend souvent de la richesse du président qui achète, explique Frédéric Guerra. Pour Cavani, si Paris est champion de France, ça fera tant à payer à Naples. Un quart de finale de Ligue de champions, pareil.» Plus pervers, certaines équipes acceptent un montant de transfert faible mais négocient un pourcentage –parfois jusqu’à 50%- sur la prochaine revente du joueur. Une sorte de placement souvent utilisé en Amérique du Sud et en Italie, selon Frédéric Guerra: «C’est ce qu’on appelle la copropriété. Sur un transfert, tant revient à un club, tant revient à un autre en fonction de leur investissement, du temps qu’ils ont accordé à un joueur.»