Tour de France 2013: La Corse cherche son champion

Romain Baheux

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Le public corse, ici lors du Critérium international en mars 2013, n'aura aucun coureur insulaire à encourager lors de ce Tour de France.
Le public corse, ici lors du Critérium international en mars 2013, n'aura aucun coureur insulaire à encourager lors de ce Tour de France. — PASCAL POCHARD CASABIANCA / AFP

De notre envoyé spécial à Porto-Vecchio (Corse-du-Sud)

 
Promis, on ne vous rabâchera pas, au début de ce Tour de France, l’histoire du régional de l’étape, ce coureur «qui veut briller sur ses routes natales qu’il connaît par coeur». Non pas par volonté mais tout simplement parce qu’en Corse, il n’y en aura tout simplement pas. La centième Grande boucle, qui s’élance samedi de Porto-Vecchio, se dispute sans aucun coureur insulaire. Prévisible quand l’Ile de Beauté n’a fourni au peloton professionnel qu’un seul cycliste dans toute son histoire, l’ancien coureur Dominique Bozzi.
 
«C’est mon grand regret, soupire le désormais conseiller technique et sportif au comité corse de cyclisme (CCC). On est en pleine reconstruction. Il y a quatre ans, on avait deux cents licenciés sur l’île. Maintenant, on en a près d’un millier.» Un chiffre qui reste encore bien trop bas pour assurer l’émergence régulière d’un coureur capable de percer chez les professionnels. «Plus on aura de licenciés, plus on pourra déceler le pro de demain, appuie Patrick Foata, président de l’un des plus gros clubs corses, le Vélo-club de Porto-Vecchio. C’est aussi simple que cela.»
 
Un réservoir insuffisant
 
Pour développer le vélo, le CCC a reçu un appui financier des collectivités locales, assorti d’un cahier des charges précis. 250.000 euros annuels pendant quatre ans avec notamment comme objectif de booster la pratique et par conséquent le nombre de licenciés. «Le but est d’arriver à trois mille cyclistes corses dans les quatre ans, annonce Paul-Antoine Lanfranchi, président du comité. Là, on aura un réservoir suffisant pour espérer sortir régulièrement un coureur professionnel.»
 
En attendant, les meilleurs cyclistes corses tentent de percer en partant à l’aventure dans des formations semi-professionnelles du continent. «Nos jeunes ont du mal à s’adapter, raconte Dominique Bozzi. Quand on est insulaire, partir sur le continent sans perspective assurée, c’est un véritable crève-cœur.» Souvent, le problème réside surtout dans la formation des coureurs. «Tous les jeunes talentueux doivent être pris en main dès le plus jeune âge, estime Patrick Foata. Dans les petits clubs corses, ce n’est pas toujours évident de trouver un entraîneur pour les sortir trop fois par semaine.»
 
«On se confronte trop rarement aux coureurs continentaux»
 
Ceux qui choisissent de faire carrière sur l’île tournent rapidement en rond. Limitées par les moyens financiers, les équipes amateurs corses traversent peu la Méditerranée. «On ne se confronte que trop rarement aux coureurs continentaux, regrette Patrick Foata. On ne les rencontre que sur le Tour de Corse et lors de cinq ou six confrontations par an. Ce n’est pas suffisant mais on est limités par les moyens. Emmener quatre coureurs et deux accompagnateurs sur le continent, c’est déjà 2.000 euros.»
 
Dans les cartons du CCC, le projet de création d’une équipe corse plus consistante à moyen terme pourrait relever le niveau local. «Si on a assez des coureurs avec du potentiel, on pourrait alors aller disputer des manches de Coupe de France, explique Paul-Antoine Lanfranchi. De cette manière, on améliorerait le niveau de nos jeunes.» Et raviverait l’espoir de voir un Corse dans le peloton du Tour.