Roland-Garros 2013: Les sparring-partners, ces «lance-balles» du tournoi

A Roland-Garros, Antoine Maes
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Le joueur français Thibault Venturino, qui fait office de sparring partner pendant Roland-Garros 2013.
Le joueur français Thibault Venturino, qui fait office de sparring partner pendant Roland-Garros 2013. — DR

Le matin, quand il déambule entre les courts annexes de Roland-Garros, il y a toujours un moment de flottement. Les petits chasseurs d’autographes se retournent sur son passage et vous chuchotent, pour ne vexer personne, un «c’est qui?». Cette fois, c’est Thibault Venturino, vaillant joueur classé -15, dont le but n’est pas de gagner des matchs. «En gros, je suis le lance-balles», explique-t-il. Comprenez qu’il exerce le très respectable métier de sparring-partner.

Lundi matin, c’était Victoria Azarenka. «La plupart du temps, c’est avec des filles, parce qu’elles ne s’entraînent quasiment jamais entre elles», explique Venturino. A son tableau d’honneur, Venus Williams, Daniela Hantuchova ou Jelena Jankovic. Son numéro de portable chauffe un peu ces temps-ci. D’autant plus que le sparring français a la cote. «A mon niveau, je peux valoir une n°1 mondiale. Peut-être pas Serena Williams, parce qu’elle tape très fort et je ne sais pas ce que ça donnerait. Pour les autres, le niveau est au moins le même.» 

«Un entraînement, c’est 50 euros. Après, c’est selon ce qu’on veut bien me donner» 

Son rêve, ce n’était évidemment pas d’aller pousser la balle en retenant ses coups contre les filles. C’était de devenir pro, mais à 24 ans, il n’a toujours pas passé le cap. Entre interclubs et tournois Futures, il a donc un peu de mal à boucler ses fins de mois. «Je ne le cache pas, sparring, c’est aussi financier. Un entraînement, c’est 50 euros. Après, c’est selon ce qu’on veut bien me donner. Je n’ai pas de tarifs, je ne me le permettrais pas», raconte Venturino, qui n’habite donc pas en Suisse et n’a pas très peur de la taxation à 75% des revenus au-dessus d’un million d’euros. 

Cela ne veut pas dire qu’on peut faire de lui un esclave des courts. Les séances à 7h du matin avec Jankovic, pourquoi pas, «même si ça fait mal». Mais les petites mesquineries un peu moins. «Ça m’est déjà arrivé qu’on me demande de jouer à fond. Et je me mets à bien servir, à faire des jeux blancs.... Le lendemain, j’apprends qu’on ne veut plus faire sparring avec moi, parce que la joueuse n’était pas contente de ne pas avoir pu jouer», souffle le Parisien. Il y a aussi les très exigeantes, «qui peuvent commencer à s’énerver si je fais des fautes de longueur. Tant qu’on ne m’insulte pas, tout va bien.» 

Parfois, c’est avec des hommes qu’il sert de faire-valoir. Monfils, Simon, Tsonga… Les meilleurs Français ont tous eu recours à ses services. «Avec ceux du top 100, là il y a vraiment un écart de dingue. Physiquement, c’est des bêtes. Simon, t’as l’impression qu’il a huit poumons, Gaël à trois mètres derrière, il frappe comme un dingue, Jo il met sous pression tout le temps… Simon, je ne pensais pas qu’il pouvait frapper aussi fort», sourit-il. Son vœu est qu’un jour, ce soit lui qui ait besoin d’un sparring-partner. «Ce serait bon signe», sourit Thibault Venturino. Ce jour-là, il signera sûrement des autographes.