Yannick Agnel: «Avec Fabrice Pellerin, ce n’était plus possible»

Propos recueillis par Romain Scotto

— 

Yannick Agnel, le 1er août 2012, à l'arrivée du 100m nage libre des JO.
Yannick Agnel, le 1er août 2012, à l'arrivée du 100m nage libre des JO. — CHRISTOPHE SIMON / AFP

A peine revenu de Baltimore où il a conclu un accord avec Bob Bowman, l’ex-entraîneur de Michael Phelps, Yannick Agnel s’est expliqué sur les raisons qui l’ont conduit à quitter brutalement le club de Nice. Avec son coach Fabrice Pellerin, le courant ne passait plus. Le double champion olympique avait tout simplement besoin de changer d’environnement. 

Pour quelle raison avez-vous quitté Nice brutalement?

Je reviens de Colorado Springs où j’étais en discussions avec Bob Bowman à propos d’un nouveau projet. Je le souhaitais tant sur le plan sportif qu’humain. Il a souhaité m’accompagner dans cette démarche. On va marcher main dans la main au moins jusqu’aux Jeux de Rio

Quand avez-vous pris cette décision?

Honnêtement, ça m’est arrivé assez subitement. Le choix de la date n’est pas forcément optimal, par rapport aux championnats du monde (fin juillet). Il n’y a pas eu de remontage de bretelle ou de clash avec Fabrice Pellerin. C’était le point de départ de pas mal de réflexion. C’est arrivé un samedi matin. Trois jours après je suis allé voir Fabrice en lui disant que je souhaitais m’aventurer dans un nouveau projet. La discussion n’a pas duré éternellement. Trois jours après, je ne savais pas ce qu’il allait advenir. Ce qui était certain, c’est qu’avec Fabrice ce n’était plus possible. Je suis arrivé à un point de non-retour. Je ne vais pas entrer dans les détails. On arrivait au terme de notre relation. Pour de multiples raisons. Je me suis dit, les Etats-Unis pourquoi pas? Bob Bowman, c’était apparu comme une évidence. C’est un mythe. J’ai envie de m’améliorer, aller encore plus loin. 

Le désaccord était-il sportif avec Fabrice Pellerin?

Absolument pas. Ce qui manquait sur Nice et que je vais trouver chez Bowman, c’est la chaleur humaine, le partage, la sincérité. Ça ne concerne que moi. Des choses que Fabrice a voulu volontairement élaguer. Il a toujours voulu mettre beaucoup de distance entre lui et ses nageurs. Je le respecte. On ne peut pas dire que ça ne marche pas. Si je suis double champion olympique, je le lui dois. Maintenant, j’ai besoin de me lancer sur autre chose. Un nouveau projet. 

Avez-vous tenté de parler de cette distance entre vous?

Fabrice n’a pas souhaité s’exprimer plus. Il a posé deux petites questions. Je ne vais pas m’attarder sur les détails. C’est un moment qui arrive dans la vie d’un sportif. D’abord je lui ai dit que je faisais un break. C’était assez difficile émotionnellement. Il n’a pas pris de nouvelles. Je ne pense pas qu’il soit ouvert à la discussion. Un jour, on en discutera. 

En avez-vous parlé avec vos partenaires d’entraînement, dont Camille Muffat?

Je l’ai eu le mardi soir quand j’ai parlé du mini-break avec Fabrice. Je leur ai dit que je faisais un break. La semaine d’après, j’ai dû m’organiser pour aller aux Etats-Unis. J’étais assez désolé de voir qu’ils étaient surpris. Je voulais faire un dîner à mon retour mais l’information avait fuité. 

Ne craignez-vous pas de ne pas mettre en péril vos chances aux Mondiaux de Barcelone?

Ce n’est pas agréable, effectivement. J’aurais préféré aborder ces Mondiaux en pleine forme. Mais je serai prêt pour les relais avec l’équipe de France. 

Où allez-vous vous entraîner concrètement?

Ça reste encore à décider. Soit j’irai directement avec Bowman aux Etats-Unis. Soit je me baserai quelque part en France pour tout régler avant d’aller aux Etats-Unis. Le projet commun est simple. Je suis arrivé en lui disant que j’étais motivé à l’idée de nager avec lui. Je voudrais me sublimer. Il était en accord avec ça. 

Allez-vous poursuivre vos études aux Etats-Unis?

Un projet sera probablement mis en place avec Sciences Po. Il y a quelque chose de bien à réaliser. Ce ne sera pas une université aux Etats-Unis. Je suis là-bas pour m’entraîner avant tout. 

Avec qui en avez-vous discuté avant de décider?

Avec mon entourage très proche. Sophie Kamoun (sa conseillère), mon agent, mes amis très proches qui ne sont pas dans la natation. Et avec quelques nageurs. Ça a été quand même une courte et longue maturation à la fois. Je n’ai pas beaucoup dormi ces derniers jours. Ma grand-mère est aussi décédée dans le même temps. Ce n’était pas facile. Mais je suis arrêté sur ma décision. Je suis certain de ce que je veux.