Kiprotich, un marathonien embarrassant pour la fédération française

ATHLETISME Vainqueur du marathon de Daegu, ce Kenyan issu de la légion étrangère n'est pas sélectionnable pour la DTN en raison de son suivi médical louche...

Romain Scotto

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Les coureurs du marathon de Daegu, lors des Mondiaux en 2011.
Les coureurs du marathon de Daegu, lors des Mondiaux en 2011. — M.Ralston/AFP

Un demi-siècle plus tard, la France attend toujours un successeur crédible à Alain Mimoun. Un marathonien capable de rivaliser avec les meilleurs mondiaux et de monter sur les podiums internationaux. Avec sa victoire à Daegu, en Corée du Sud, dimanche dernier dans un temps canon de 2h08’33, Abraham Kiprotich pourrait être cet athlète providentiel, né au Kenya et nationalisé grâce à son engagement dans la légion étrangère entre 2005 et 2011. Mais l’histoire est un peu trop belle pour la fédération française, qui préfère se passer de lui pour les prochains mondiaux. Trop louche, en réalité.

Jamais contrôlé positif, l’athlète de 27 ans est suspendu par la FFA dans le cadre de son suivi médical. Les médecins ont observé quelques irrégularités, forçant la fédération à prendre une sanction. «On a des suspicions de dopage et je l’ai suspendu sur le territoire national, confirme Bernard Amsalem, son président auditionné jeudi au Sénat dans le cadre d’une commission pour améliorer la lutte antidopage. Interdit de course en France, Kiprotich est donc libre de courir à travers le monde. «Personne ne savait qu’il était en Corée du Sud» la semaine dernière, indique Amsalem, désemparé face au cas de ce marathonien difficilement contrôlable.

Des JO de Londres ratés

«Cet athlète on ne l’a pas vu arriver car il est devenu français dans le cadre de la légion. Il s’entraîne et vit au Kenya. On n’a pas les moyens d’agir sur cette situation. On ne sait pas ce qu’il se passe là-bas.» Lors des derniers JO, ce coureur des hauts plateaux a pourtant porté le maillot de l’équipe de France. Le DTN Ghani Yalouz se souvient de la préparation opaque de ce champion: «Avant les Jeux, il souhaitait partir quatre semaines au Kenya. Son entraîneur disait qu’il avait besoin de sa famille. C’était hors de question.» Kiprotich n’a pas effectué sa préparation et a finalement abandonné au bout de 10km lors du marathon olympique.

Désormais, Yalouz n’appellera plus le marathonien, pourtant cinquième Français de l’histoire au regard des chronos. «Il n’est pas sélectionné en équipe de France, même s’il est sélectionnable et même s’il a réalisé les minimas.» Pour éviter toute mauvaise surprise, la FFA est donc prête à faire une croix sur d’éventuelles médailles.