Racing-Métro: Juan Imhoff raconte sa vie à l'aile

Propos recueillis par Julien Laloye

— 

Juan Imhoff, le 13 janvier 2012 en Ecosse.
Juan Imhoff, le 13 janvier 2012 en Ecosse. — M.Euler/SIPA

Port altier, course racée, presque trop pure pour être vraie: Juan Imhoff, s’il ne marque pas beaucoup (deux essais cette saison), est de loin l’ailier le plus classy du Top 14 ballon en main. L’Argentin, entre deux séances de penalty avec ses compatriotes du Racing-Métro au centre d’entraînement du Plessis-Robinson, a accepté de livrer les secrets de son poste pour 20 minutes, avant le derby face au Stade Français dimanche. 

Sa vocation

Ce n’en est pas vraiment une en fait. Petit, j’ai toujours alterné entre l’ouverture et le poste d’arrière. Je n’ai jamais pensé me fixer à l’aile, j’étais là où on touchait la balle. C’est mon entraîneur en club qui a décidé de me mettre à l’aile quand j’ai vraiment démarré ma carrière. Je connaissais mieux le jeu donc je savais quand intervenir. Pouvoir sortir de mon pré carré, ça m’a plu. Quand on regarde les Coupes du monde, a chaque fois celui qui a été élu meilleur joueur du tournoi était un ailier, ça m’a donné envie. Ce que j’adore dans ce poste, c’est qu’à un moment tu peux prendre une décision qui va changer le cours d’une action et celui du match. Et puis on ne me plaque pas trop durement, ce n’est pas plus mal (rires)!

Ses modèles

J’en ai beaucoup. Le premier, comme beaucoup d’Argentins, cela a été Agulla (ancien joueur d’Agen, ndlr). J’apprécie aussi Dominici. Pour moi c’était le modèle typique de l’ailier, qui te donnait l’impression que quelque chose allait se passer dès qu’il touchait le ballon. Mais je continue à apprendre beaucoup de tous les ailiers du Top 14. La roublardise de Sivivatu, le sens de la finition de Clerc, la confiance en lui de Connor…Celui-là il n’est pas très physique, mais il a un état d’esprit incroyable. Il veut participer à toutes les actions et il essaie toujours d’avancer. Après il y a Nalaga, mais lui il est tellement puissant et rapide en même temps. Je l’admire plus qu’autre chose et je n’aime vraiment pas à avoir à le marquer. 

Son rôle dans le Top 14

En France tu touches moins de ballons, surtout en hiver avec le froid et la pluie, il y a moins de volume de jeu et les intentions baissent d’un coup. Alors j’ai appris à développer mon jeu pour être utile. J’ai progressé physiquement surtout, et je ne rechigne pas à jouer au pied. Evidemment, quand tu as touché trois ballons et que tu dois en dégager deux ça fait mal mais des fois il faut bien inverser la pression. Dans le Top 14, les ailiers sont vraiment des joueurs complets, qui n’ont pas que la vitesse. Ils ont un bon jeu au pied, de bonnes mains, de l’expérience dans le placement. Je progresse énormément.

Sa marque personnelle

C’est vrai que j’ai la réputation d’être un joueur élégant sur le terrain. Mais franchement, c’est quelque chose de naturel, je ne pense pas à me redresser avant de marquer un essai ou de faire un crochet. Mon père m’a appris très jeune à travailler mes débordements, changer l’allonge de ma course en fonction de l’adversaire, puis ensuite, regarder ses pieds avant de choisir un côté. Quand j’ai la balle en main je veux avancer; mais il faut savoir rapidement si c’est une action à conclure ou une action à mettre sur les rails. Ca se décide en une seconde. Pour cette raison, j’aimerais bien jouer dans l’hémisphère sud un jour. Il y a plus de courses, plus de volume de jeu, cela correspondrait encore mieux à mes qualités.