Troyes-PSG: «La défense et le béton, ça te mène en Ligue 2», selon Jean-Marc Furlan

Propos recueillis par Antoine Maes
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L'entraîneur de Troyes Jean-Marc Furlan, le 2 février 2013, lors d'un match contre le Losc au Grand Stade de Lille.
L'entraîneur de Troyes Jean-Marc Furlan, le 2 février 2013, lors d'un match contre le Losc au Grand Stade de Lille. — PHILIPPE HUGUEN / AFP

Ce n’est pas parce qu’ils reçoivent le PSG samedi que les Troyens vont garer leur bus devant les buts de Yohann Thuram-Ulien. Et pour cause: son entraîneur, Jean-Marc Furlan, n’a jamais voulu dévier de sa voie: faire bien jouer ses équipes. Même quand elles descendent souvent, ce qui attend vraisemblablement Troyes, dernier avec six points de retard sur le premier non-relégable.

En regardant Barcelone-PSG, vous vous êtes dit pendant le match que ce serait impossible de battre Paris samedi?

Evidemment. Mais on se le dit déjà depuis un an. Après, ça doit être une très grosse déception pour le PSG. Des joueurs de leur trempe, ils n’envisagent pas une élimination face à Barcelone. Ils revendiquent le statut d’égalité, ou même de supériorité, contre des gars comme Xavi ou Iniesta. 

C’est le bon timing pour jouer contre Paris?

Cette année, on a eu zéro bon timing. Rien n’est favorable à l’ESTAC, en termes de blessure, de déroulement de saison. C’est tellement un «big match» que ça nous oblige à être plus que parfait. 

On félicite beaucoup votre équipe pour sa qualité de jeu. Vous n’êtes pas tenter de jeter votre philosophie par la fenêtre pour vous maintenir?

C’est comme ça qu’on peut exister sur du moyen terme et du long terme. Vous savez, quand on a joué Marseille ici, on était accroché à nos poteaux pendant 1h30. On dira que ce soir là on avait gagné 1-0, mais on oubliera que l’adversaire nous avait confisqué le ballon et qu’on avait rien pu faire. 

Vous n’avez jamais été tenté une seul fois de bétonner?

Jamais je ne l’ai demandé à mes joueurs. A terme, le football se gagne en ayant la possession du ballon, en étant audacieux et créatifs. Ca se construit sur plusieurs mois, sur plusieurs années. Je ne me laisse pas dicter ma démarche par les résultats, c’est peut être pour ça que je ne suis pas à la mode. 

Vous ne regrettez pas de ne pas avoir eu une carrière plus ronflante?

Jamais. Chaque fois que j’ai eu un budget et une équipe me permettant d’aller chercher le haut du classement, j’étais en haut du classement. C’est ma quatrième saison en Ligue 1, j’ai toujours eu la plus petite masse salariale et le plus petit budget. Les gens qui écrivent que jouer un football offensif n’est pas la solution pour se maintenir, je leur réponds que le football est rempli d’équipes qui sont descendues en ne jouant pas au foot. La défense et le béton, ça te mène en L2. 

Vous ne vous demandez pas ce que vous auriez fait avec plus de moyens?

Je ne fonde pas ma vie là-dessus. Par contre mes anciens joueurs me disent: «putain con! C’est dommage que vous ayez pas un gros budget!» Moi je suis tout simplement heureux de travailler. 

Pourquoi ne retient-on que le fait que vous descendiez tout le temps en L2?

J’ai fait trois saisons. Une ici où on descend, une autre à Strasbourg où on descend aussi, et celle-ci. Mais il y en a une à Troyes où on fait un miracle en se maintenant. Ca on l’oublie complètement, l’année 2005-2006. A la suite à ce maintien, j’avais de nombreux présidents de haut-niveau comme Marseille ou Bordeaux qui m’avaient appelé. Mais on se dit «Furlan il arrive en Ligue 1, mais il ne sait pas maintenir ses équipes»… Furlan il travaille sur le moyen terme. 

Ce n’est pas lassant de ne jouer que le bas du classement?

Je m’étais dit que je ne recommencerai jamais. Le président ici m’a demandé de pas le laisser tomber. Mais avoir la volonté, le courage, d’aller en Ligue 1 avec un petit budget, faut laisser ça aux jeunes qui débutent. Et puis j’ai pas eu de cul: en général, aucun entraîneur ne termine. Je suis le seul à qui ont peut dire «Ouais, Furlan, il fait descendre ses équipes». C’est normal, les autres se font virer avant. 

Vous êtes en train de regretter de pas avoir été licencié?

J’ai jamais eu le cul d’avoir un président qui me dit: «écoute Jean-Marc, arrête, je te file trois francs, six sous et tu te casses». Une fois à Strasbourg, j’ai souhaité qu’il me dégage, parce que la mission était impossible. Ici, cette année, il y a un deal avec mon président. Je n’ai aucune envie d’abandonner ma mission. 

Quelles sont les chances de maintien de l’ESTAC?

Mes joueurs me disent en permanence, «on va y arriver, on va le faire». Il reste 10 ou 15% de chance. Et il y aussi un gros combat pour pas terminer dernier.