Athlétisme: Faut-il inviter Oscar Pistorius à son meeting?
JUSTICE – Le Sud-Africain a été autorisé à voyager pour recourir…Julien Laloye
Bert Bam est un inconnu pour les instances internationales de l’athlétisme. Pourtant, ce juge anonyme du tribunal de Pretoria a mis dans la panade l’IAAF et bon nombre d’organisateurs de meeting en décidant jeudi qu’il n’existait «pas de raison valable d’empêcher Oscar Pistorius de quitter le pays pour participer à des courses» en attendant que la date de son procès pour le meurtre de Reeva Steenkamp soit fixée.
«Ce serait du mauvais marketing»
Le dilemme saute aux yeux: faut-il prendre le risque d’inviter un athlète déjà perçu par certains comme une bête de foire à cause de son handicap et soupçonné, en plus, d’avoir assassiné sa petite amie? Laurent Boquillet ne veut même pas en entendre parler. L’organisateur du meeting Areva, qui avait invité le Sud-Africain en 2011 pour lui donner une chance de faire les minima chez les valides avant les Mondiaux de Daegu, est catégorique: «Ce n’est pas concevable de l’avoir au Stade de France, cela confinerait à du voyeurisme et à du mauvais marketing. Je ne pense pas que grand-monde prenne le risque d’inviter Pistorius avant son procès.»
Dans ce «pas grand-monde», il y aurait peut-être Jacky Lapierre, qui s’escrime déjà pour monter le plateau du meeting de Lausanne en juillet prochain: «Je ne vois pas de raison légale de l’empêcher d’exercer son métier. S’il a la liberté de voyager, il a aussi celle de travailler, même s’il y a une procédure en cours. A chaud comme ça, je ne m’interdis pas de l’inviter à mon meeting.» Evidemment, il faudrait faire avec la réaction d’un public pas forcément d’accord et des sponsors plus que dubitatifs. «Bien sûr que c’est un facteur qui me ferait réfléchir», reconnaît Lapierre.
«S’il faisait partie des meilleurs mondiaux…»
Le Suisse ne compte toutefois pas pousser la prise de tête trop loin: «Mon objectif, c’est d’avoir les huit meilleurs coureurs du monde de la discipline au départ. Oscar Pistorius n’en fait pas partie, donc je ne me pose pas la question.» Le niveau sportif du sextuple champion paralympique devrait d’ailleurs servir de paratonnerre à pas mal d’organisateurs. «Déjà que c’est un athlète qui prêtait à controverse par son handicap…» appuie Boquillet. «Il ferait partie des tout meilleurs mondiaux, je ne dis pas, mais là ça va être ça va être très dur de revenir.» A-t-on une chance de le revoir un jour au Stade de France? «Cela dépend de l’issue de son procès, mais franchement, j’ai du mal à l’imaginer.» Il n’est pas le seul.


















