Le guide des classiques flandriennes avec Cédric Vasseur

Antoine Maes
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Le cycliste belge Tom Boonen sur le Tour des Flandres, en avril 2011.
Le cycliste belge Tom Boonen sur le Tour des Flandres, en avril 2011. — REUTERS/Yves Herman

C’est parti pour un mois de boue, de monts, de pavés, et forcément d’énormes gadins. De vendredi avec le départ du GPE3 Harelbeke jusqu’au 7 avril et l’arrivée de Paris-Roubaix, c’est l’heure des fameuses classiques flandriennes. Visite de ces monuments du vélo un peu sous-estimés en France avec l’ancien coureur nordiste Cédric Vasseur, consultant pour France Télévisions et BeIn Sport

La plus dure? Paris-Roubaix - «C’est celle qui pousse le plus dans ses retranchements. Plus de 50km de pavés où on est secoué comme dans une essoreuse. A chacune de mes participations, j’ai fini épuisé, je mettais une semaine pour récupérer, sans compter les chutes. J’ai eu la «chance» de faire mon 1er Paris-Roubaix avec Duclos-Lasalle, qui lui faisait son dernier, en 1995. J’étais dans un rôle d’apprenti. J’ai fini très loin, ils étaient presque en train de fermer le Vélodrome quand j’ai terminé. Sur ma dernière, en 2001, il a plu toute la journée, j’ai abandonné au 2e ravitaillement. Sur certains secteurs pavés, je suis tombé deux fois en 100m, j’avais l’impression de rouler sur du verglas, je me suis dit que je ne reviendrai jamais, il y a beaucoup de danger. Je suis vite tombé amoureux de Paris-Roubaix, mais j’ai vite compris que c’était pas une course qui me convenait.» 

Celle où il y a le plus d’ambiance? Le Tour des Flandres – «Il n’y a pas match. Le Tour des Flandres, c’est une fête populaire dans le pays du cyclisme. Il suffit de voir l’ambiance dès le matin sur la place de Bruges… On a l’impression que Rihanna traîne dans les couloirs. Et sur le bord de la route, la ferveur porte les coureurs. Cette force mentale, vous ne la retrouvez pas sur les autres Classiques. Dans le peloton, ça frotte à la mort, comme si on était à trois sur le même vélo. Sur le bord de la route, les gens courent, traversent, ça provoque des chutes. Sur ma dernière participation, en 2005 avec Cofidis, ça se termine avec une luxation de l’épaule. A l’hôpital d’Oudenaarde, je me souviens très bien qu’à mon réveil, avant même de voir si j’allais bien, la première chose que m’ont dit les infirmières c’est que Boonen avait gagné. Même dans les hôpitaux, on vit le Tour des Flandres!» 

«Il n’y a pas une Classique qui s’adresse particulièrement aux coureurs français»

Celle qui mériterait d’être plus connue? Le GPE3 – «C’est un mini Tour des Flandres. La seule différence c’est le kilométrage, l’E3 on est à un peu plus de 200, contre 250 au Tour des Flandres. Mais les difficultés sont identiques, et c’est toujours un grand coureur qui gagne. Juste derrière, il y a Gant-Wevelgem. C’est une course qui s’est complètement remodelée. Avant, c’était une classique dessinée pour les routiers-sprinters. Maintenant, il y a une incursion en France de 50km. Ils vont aller escalader le Mont-Cassel, que je connais bien parce que j’ai passé toute mon enfance à 6km de là. Et puis ensuite, les coureurs vont faire des boucles autour de Kemmel. C’est une course qui laisse des traces.»  

Celle qu’un Français gagnera bientôt? Le Tour des Flandres – «Les jeunes qui ont 20 ou 25 ans ne se souviennent plus de la victoire de Jacky Durand sur le Tour des Flandres (1992). Aujourd’hui, il n’y a pas une Classique qui s’adresse particulièrement aux coureurs français. Ceux qui ont la capacité physique d’en gagner une, ce sont Chavanel et Voeckler. Le Tour des Flandres pour le premier, et Liège-Bastogne-Liège pour le deuxième. Chavanel peut être prisonnier des consignes de son équipe. En bon élève qu’il est, il les respecte peut être un peu trop. Mais s’il gagne, on ne lui en voudra pas. Et à mon avis, Boonen évolue cette année un ton voire deux tons en-dessous. Et ça, c’est peut être la chance de Chavanel, qui est dans une forme resplendissante.»