Stade de France: Pourquoi le public est si mauvais (et comment il essaie de s’améliorer)

Antoine Maes

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Mathieu Valbuena au Stade de France le 6 février 2013, contre l'Allemagne.
Mathieu Valbuena au Stade de France le 6 février 2013, contre l'Allemagne. — F.FIFE/AFP

«J’ai envie de jouer devant les Français parce que j’en ai jamais eu l’occasion». Ça se voit, Paul Pogba a quitté l’Hexagone très tôt. A 16 ans exactement, et c’est peut-être ce qui explique son impatience de découvrir le bouillant public du Stade de France. Car de tout temps, et surtout quand les Bleus sont au fond du trou, le public de Saint-Denis s’est plus fait remarquer pour ses sifflets ou ses olas intempestives que pour sa capacité à enflammer le stade. Surtout quand on n’a qu’un seul chant à son répertoire, le sempiternel «Allez les Bleus».

«J’ai des adhérents qui ne veulent plus venir au Stade de France, ils préfèrent venir à l’extérieur»

Ce sera évidemment le cas vendredi contre la Géorgie, et même mardi face à l’Espagne. «On a 15 ans de retard sur les supporters étrangers, comme les Hollandais ou les Irlandais», avoue Yannick Vanhée, président de la fédération des associations nationales de supporters (FANS), qui regroupe les 12 associations de supporters des Bleus dans le pays. Développer la culture du supporter de l’équipe de France, c’est un sacerdoce: «Le Stade de France, c’est 80.000 places, 3.000 supporters étrangers, 74.000 spectateurs, et 2.000 ou 3.000 supporters français qui ont parfois l’impression de jouer à l’extérieur», poursuit Vanhée. 

Le bus de Knysna en 2010 et l’épisode Samir Nasri en 2012 ne l’ont pas franchement aidé dans sa mission. «On me disait: Comment tu fais pour aller voir ces chèvres". On se faisait chambrer», raconte Yannick Vanhée. «J’ai des adhérents qui ne veulent plus venir au Stade de France, ils préfèrent venir à l’extérieur», souffle Hervé Mougin, président des «Irrésistibles français», la plus grosse association de supporters de Bleus. 

«On est 60 millions en France, il n’y a pas de raison qu’on ne trouve pas 5.000 ou 6.000 volontaires pour remplir une tribune»

Pour que ce genre de choses arrivent de moins en moins souvent, la fédération a décidé d’aider ses supporters. «Maintenant, on a des interlocuteurs à la FFF qui nous aident, assure Hervé Mougin. Par exemple, depuis septembre 2012, on a le droit d’être debout en tribune, d’avoir des drapeaux ou d’envoyer des papelitos. Avant, on nous faisait asseoir, ou alors on se faisait sortir.» Et pour ceux qui adhèrent à une association membre du FANS, un tarif préférentiel est maintenant mis en place: 17 euros pour les matchs contre la Géorgie et l’Espagne. 

L’objectif est clair: pour l’Euro 2016 organisé en France, les Bleus devront avoir vraiment l’impression de jouer à domicile. «On est 60 millions en France, il n’y a pas de raison qu’on ne trouve pas 5.000 ou 6.000 volontaires pour remplir une tribune», assure Hervé Mougin. Ce qui ne garantit pas encore que le Stade de France soit volcanique, même contre les champions du monde. «Ce que je ne veux surtout pas, c’est qu’on soit en difficulté dans le jeu contre l’Espagne et que ce soit notre propre public qui fasse ‘’olé, olé’’. C’est le pire qui pourrait arriver», prévient Hervé Mougin. Et quand il s’agit du pire, le Stade de France sait souvent se distinguer.