Yoann Offredo: «C'est rarement l'archi favori qui gagne Milan-San Remo»

CYCLISME Le coureur français retrouve dimanche la course qui le fait rêver. Deux ans après avoir pris la 7e place à San Remo...

Propos recueillis par Romain Scotto

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Le coureur français Yoann Offredo, lors du Tour du Qatar, le 9 février 2011.
Le coureur français Yoann Offredo, lors du Tour du Qatar, le 9 février 2011. — P.Guyot/AFP

Après une saison passée à l’écart des pelotons pour cause de suspension (il avait cumulé trois no-show), le Français retrouve dimanche la course qu’il affectionne le plus. Longue (300km), roulante et mythique, la «Primavera» a toujours plu au leader de la FDJ, septième à San Remo il y a deux ans. Face à Sagan, Pozzato ou Cavendish, il a déjà sa petite idée pour remporter la course qui le fait rêver depuis toujours…

Dans quelles conditions préparez-vous cette course?

J’ai abordé ma préparation différemment des autres années parce qu’après un an de compétition, j’ai un peu de recul. Je me laisse le temps de revenir au plus haut niveau. Physiologiquement, ce n’est pas évident. Mon dernier Milan – San Remo remonte à deux ans. Mais j’ai une bonne préparation. J’avais prévu d’arrêter Paris – Nice pour bien récupérer avant Milan – San Remo.

Est-ce la course qui vous fait le plus rêver?

Oui, c’est une course qui a une histoire. Elle a du vécu. C’est une course que j’affectionne parce qu’à l’inverse des autres courses, parfois rébarbatives, sur celle-ci, il peut se passer n’importe quoi.  Il y a surtout 300km. C’est pour cela que je l’affectionne. J’ai pris pour habitude de rouler longtemps à l’entraînement. J’apprécie plus les courses d’un jour que d’une semaine et encore plus quand elles sont longues et très dures. C’est là que j’exploite au mieux mon potentiel.

Est-il dur pour vous d’assumer un rôle de favori?

Ce n’est pas si évident que ça. C’est plus facile d’être équipier. C’est rare pour moi d’avoir l’opportunité de m’exprimer en tant que leader. Je dois avoir cinq, six courses dans l’année. Ça met beaucoup de pression. Quand on a des collègues qui préparent le travail et comptent sur nous, c’est un peu difficile à gérer.

Qui est le favori pour vous? Peter Sagan forcément?

Oui, je pense. C’est celui qui m’impressionne depuis le début de saison. Parce qu’il est très fort, régulier, qu’il passe les bosses. Etant donné qu’il est favori, il risque de se louper. C’est rarement l’archi favori qui gagne Milan-San Remo. Il y a pas mal d’outsiders. Thor Hushovd est en forme, Pozzato marche très bien. Cavendish aussi. On risque d’avoir une course ouverte.

Quelle tactique adopter pour gagner?

Je pense que je dois être opportuniste et attaquant tout en étant malin. Sur Milan - San Remo, il peut se passer n’importe quoi en fonction des conditions météo, du vent, la tactique de certaines équipes. Ma stratégie sera d’attaquer dans le final entre la Cipressa et le Poggio. Il y a toujours des temps morts dans cette partie. Si ça arrive au sprint avec une vingtaine de coureurs, je sais que j’ai perdu. Je dois anticiper.

Comment s’est passé le retour dans le peloton après un an passé à l’écart?

Ce n’est jamais évident. L’aspect mental et psychique entre en compte. J’ai beaucoup de fraîcheur mentale. J’ai qu’une envie, c’est de mettre le couteau entre les dents et d’y aller. Je pense que je n’ai pas trop perdu. Mais la logique voudrait qu’un coureur qui a passé un an sans compétition ne puisse pas faire dans les dix premiers de Milan - San Remo. Après, j’ai beaucoup travaillé pour y arriver.

Comment se sont passées les retrouvailles avec les autres coureurs?

J’appréhendais un peu le regard des autres. Le fait de retrouver ma place quand ça frotte. Finalement j’ai eu un bon accueil. De la compassion de la part de mes camarades. J’ai retrouvé assez rapidement ma place. Ça c’était assez rapide. Un peu comme quand on effectue une première descente à ski depuis cinq ans. Rapidement on retrouve ses automatismes. Je n’ai reçu qu’un message méchant. J’ai frotté Lars Boom et il m’a dit: «ça fait un an que tu n’étais pas là et tu viens casser les couilles. Ne recommence pas.» Mais j’ai eu à l’inverse beaucoup de messages sympas de Flecha, Pozzato, Cavendish.

Vous avez aussi la particularité de vous entraîner en région parisienne, avec le trafic, les conditions météos et un terrain pas idéal. Vous ne songez pas à déménager?

On est quelques-uns avec Kenny Elissonde, Romain Lemarchand et Tony Gallopin dans l’Essonne. C’est compliqué de dire que c’est facile de rouler. On a eu un hiver compliqué. Mais moi je suis originaire d’ici et j’aurais du mal à descendre dans le sud. J’ai mes points de repères, ma famille, des transports avec Orly et le TGV. J’ai une vie à côté du vélo. Mais j’apprécie de descendre cinq, dix, quinze jours pour des stages. Je vais aussi souvent régulièrement en montagne. C’est un bon compromis. Ici, le terrain n’est pas forcément idéal, mais c’est assez varié. Dans la Beauce ou la vallée de Chevreuse, j’arrive à faire 2.500m de dénivelé en quatre ou cinq heures.  Ce n’est pas forcément désagréable.