Florian Rousseau: «Avec ce fonctionnement, je ne peux pas faire progresser les athlètes»

CYCLISME SUR PISTE L'entraîneur français a démissionné de son poste, lassé par le manque d'ambition de la fédération pour le haut niveau...

Propos recueillis par Romain Scotto

— 

L'ancien champion de cyclisme sur piste, Florian Rousseau, lors d'une compétition à Copenhague, le 27 mai 2010.
L'ancien champion de cyclisme sur piste, Florian Rousseau, lors d'une compétition à Copenhague, le 27 mai 2010. — A.Kisbenedek/AFP

Au lendemain des Mondiaux sur piste de Minsk réussis (quatre médailles dont deux titres), Florian Rousseau a donc présenté sa démission. L’entraîneur national des meilleurs français (dont Baugé, Pervis) regrette certaines divergences avec la politique fédérale et pense sérieusement à entraîner des pistards étrangers…

Pourquoi avez-vous pris cette décision?

Ce n’est pas un coup de tête. Ma décision était mûrement réfléchie. Je l’avais prise avant les championnats du monde. Je quitte mon poste d’entraîneur national, mais pour l’instant, je ne quitte pas la fédération. Dans cette organisation fédérale, je ne peux plus apporter à cette équipe et ces athlètes de renom. Le temps de la mise en place ne correspond pas au temps sportif. C’est dommageable pour les champions.

Concrètement, dénoncez-vous un manque de moyens?

Ce n’est pas une question de moyens même si cela aide énormément. Mais il y a aussi l’organisation, la restructuration. La fracture entre les techniciens, entraîneurs et les dirigeants de notre fédération. Ils ne comprennent pas ce qu’est le sport, l’essence même de notre fédération. Nous, on est sur l’entraînement, le haut niveau. La fédération doit donner l’opportunité à tout le monde faire du cyclisme, mais par rapport au haut niveau, il y a un décalage et une incompréhension.

La fédération ne fait pas grand-chose pour aider ses champions?

Oui je m’interroge. Les Jeux sont passés depuis sept mois et aujourd’hui on est toujours dans la même situation. Les décisions n’ont pas été prises. Un projet doit voir le jour mais seulement avec le financement de partenaires. Les champions ne peuvent pas attendre. C’est dommage. Moi avec ce fonctionnement je ne suis pas en mesure de faire progresser les athlètes.

Qu’auriez vous aimé pour continuer?

Une concertation, un débriefing avec la fédération sur le bilan de l’olympiade. Ça paraît évident. Là il ne s’est rien passé. C’est stupéfiant.

A qui en voulez-vous?

A la fédération en général. Ce n’est pas une personne en particulier. J’ai eu des contacts avec M. Lappartient, le président de la fédération. La porte n’est pas fermée. Mais je ne peux plus apporter à cette équipe. Il y a une fracture entre les athlètes de haut niveau et les dirigeants qui ne saisissent pas ce qu’est le sport de haut niveau.

Quand vous avez parlé avec le président, il n’a pas été sensible à votre discours?

A priori non puisqu’il n’a pas réagi. J’ai fait part de mon point de vue, pessimiste et il n’avait peut-être pas la même perception des choses. Il s’est fait son avis et a certainement estimé qu’il n’était pas le bon.

Pensez-vous entraîner à l’étranger?

Ce n’est pas impossible. Je reste ouvert à toute proposition. Pourquoi pas. J’ai eu des contacts avant et après Londres. Je ne vous cache pas que je n’avais pas spécialement cette envie. Je suis attaché à la France. Elle m’a beaucoup apporté dans ma carrière de sportif. Mais les fédérations des autres nations se sont organisées.

Etes-vous inquiet pour l’avenir de la piste en France?

Très. Pas par rapport à moi, personne n’est irremplaçable. Mais il y a un no man’s land. Il n’y a pas d’entraîneurs qui ont été formés ces quatre dernières années. Donc c’est une catastrophe. A l’Insep, le seul qui est à même de me succéder est mon adjoint, Franck Duriveau