Marion Rolland: «Sur le chemin pour gagner une médaille d'or olympique»

INTERVIEW La nouvelle championne du monde de descente se livre au lendemain de son titre à Schladming...

Propos recueillis par Romain Scotto

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La championne du monde de descente Marion Rolland, le 10 février 2013 à Schladming, en Autriche.
La championne du monde de descente Marion Rolland, le 10 février 2013 à Schladming, en Autriche. — Sipa

Le «Oh la la», resto à la mode de Schladming qui fait office de club France pendant les championnats du monde, n’en finit plus de fêter les médailles. La dernière en date est celle de Marion Rolland, victorieuse dimanche du titre en descente. Une revenante du circuit qui sait très bien que son titre mondial n’effacera pas un passé douloureux sur les pistes. 

Comment avez-vous fêté cette médaille d’or dimanche soir?

Au Club France après manger. Mais mon préparateur physique m’a dit gentiment de rentrer pas trop tard. J’étais dans mon lit à minuit, tranquille, après deux, trois coupes de champagne. Quand même. Je suis encore sur mon petit nuage je crois. Je prendrai vraiment la mesure de l’événement quand je serai rentrée en France.

Pensez-vous que cela puisse changer quelque chose dans votre vie de sportive?

C’est sûr que maintenant je fais partie du club fermé des médaillées d’or. Je suis hyper fière. Si ça doit changer quelque chose, j’espère que ça me montrera le chemin pour gagner une médaille d’or olympique. Mais il y a aussi beaucoup de belles choses à vivre sur la Coupe du monde. Il faut que je retrouve cet état d’esprit sur toutes les courses. Si je pouvais gagner tous les week-ends de l’hiver ce serait encore mieux.

Vous avez attendu presque dix ans sur le circuit pour toucher l’or. Comment expliquez-vous?

Je crois que dans les disciplines de vitesse, c’est plus difficile de gagner tout de suite. Il y a une fille sur 60 qui va y arriver. Maintenant, il faut un peu de maturité pour gagner en vitesse. Connaître un peu mieux les pistes. Savoir aborder une Coupe du monde, s’y préparer. Moi j’arrive à point à 30 ans.

Jusqu’à quand vous voyez-vous sur le circuit?

Je ne sais pas trop. Je vais aller jusqu’aux Jeux l’année prochaine, c’est sûr. Maintenant, remettre mon titre de championne du monde en jeu en 2015 pourquoi pas? Je ne tire pas de plans sur la comète. J’ai déjà pas mal souffert au niveau physique. Ça se ressent de plus en plus d’année en année.

Vous dites que vous n’êtes pas revancharde. Parce que vous avez totalement effacé le souvenir de Vancouver et les moqueries qui ont suivi votre chute?

C’est ça. Vancouver a été dur psychologiquement plus que physiquement. Nous, on est habitués à la blessure. On a signé pour ça. J’ai mis trois semaines, un mois à me remettre. Maintenant, c’est toujours compliqué d’y penser. C’est un événement passé qui fait partie de ma vie. Pas spécialement de sportive. La vie n’est pas toute rose et tout le monde n’est pas gentil.

Avez-vous pensé à arrêter?

Pas après Vancouver en tout cas. Je n’avais qu’une envie, c’était de remonter sur les skis. Mais il y a eu d’autres moments dans la préparation, avant Vancouver où c’était compliqué. Je m’étais déjà cassé le genou et j’avais du mal à revenir. Si on ne gagne pas notre vie avec le ski, c’est compliqué. Et si on ne prend plus de plaisir, avec les douleurs, il y a des jours, où on se demande un peu ce qu’on fait là.

Quelle place occupe votre préparateur mental dans votre réussite?

Il fait partie de la victoire au même titre que mes coachs et toute la machine mise à notre disposition en équipe de France. Il m’a aidé à progresser sur mes points forts et à combler tous les petits points faibles. Ce n’est pas de la «gouroutisation». Moi je suis hyper sensible. Très perméable à toutes les émotions. On a essayé de faire en sorte que je sois moins l’éponge de toutes ces émotions. Que je laisse couler. Je n’ai pas changé de A à Z, mais je me suis améliorée.

Avez-vous l’espoir que votre victoire fasse plus parler que votre chute?

Non, je n’ai même plus l’espoir de changer la nature humaine. Je sais que ça ressortira toujours. Les gens le ressortiront toujours. Voilà, ça fait partie de ma vie et je l’accepte.