Autobiographie d'Ibrahimovic: «Zlatan m'a dit des choses que je n'ai même pas répétées à ma femme»

FOOTBALL David Lagercrantz revient sur l'autobiographie de l'attaquant du PSG, qui est sortie mercredi en France...

Propos recueillis par Romain Baheux

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David Lagercrantz, auteur de «Moi Zlatan Ibrahomovic», biographie du joueur de football professionnel au PSG, à Paris le 28 janvier 2013.
David Lagercrantz, auteur de «Moi Zlatan Ibrahomovic», biographie du joueur de football professionnel au PSG, à Paris le 28 janvier 2013. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Avec cet ouvrage, il est passé tout près de remporter le prix August, l’une des distinctions littéraires les plus importantes en Suède. A Paris pour assurer la promotion de l’autobiographie de Zlatan Ibrahimovic qu’il a coécrite, le journaliste suédois David Lagercrantz évoque la rédaction du livre avec l’attaquant du PSG.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire l’autobiographie de Zlatan Ibrahimovic?

En lisant des choses sur lui, j’ai immédiatement vu le potentiel de l’histoire qu’il y avait à raconter sur lui; ce jeune homme sorti du ghetto, une incarnation du rêve américain version suédoise… Pour moi, c’était une bonne opportunité de parler des banlieues via ce personnage. L’immigration est une chose nouvelle en Suède, nous avons très peu de livres qui traitent de ce phénomène. Socialement, Ibrahimovic était un sujet intéressant. J’ai lu beaucoup de livres sur le football, j’ai trouvé ça ennuyeux. Je lui ai dit qu’il fallait aller plus loin que ça et il m’a tout de suite donné son accord.

Comment s’est passée votre première rencontre avec Zlatan Ibrahimovic?

Je l’ai rencontré pour la première fois à Milan en septembre 2010. Zlatan avait décidé d’écrire un livre et mon éditeur m’avait mis sur l’affaire en pensant que j’étais le meilleur pour l’écrire. Tous les Suédois connaissent Zlatan Ibrahimovic, évidemment, mais je ne l’avais jamais croisé avant. J’étais très nerveux avant de le rencontrer. Il s’est tourné vers moi et m’a dit: «David, est-ce que tu crois en Dieu?». C’était une question sensible, parce que je ne crois pas en Dieu. Je lui ai répondu que je ne savais pas et il m’a dit «alors tu ne crois pas en Zlatan non plus!».

Quelles règles de fonctionnement avez-vous mis en place avec lui pour l’écriture du livre?

La seule règle que j’ai mise en place, c’était la franchise. Pour faire un bon livre, il fallait qu’il me raconte absolument tout, comme à son meilleur ami. Je devais avoir son entière confiance, qu’il soit sûr que je ne répéterai pas certaines choses. Il m’a dit des choses que je n’ai répétées à personne, pas même à ma femme. Après, on voit ensemble ce que l’on garde ou non dans le livre. Mais en aucun cas il ne devait se censurer avant. Sa femme Helena était très souvent à ses côtés et me disait aussi de lui parler de tel ou tel sujet pour l’inciter à se livrer davantage.

Comment se passaient les entretiens?

On se parlait pendant des heures et des heures. On faisait ça à Milan ou dans son énorme maison de Malmö, qui est évoquée dans le livre. Au fur et à mesure, son attitude évoluait. Au début, il était très viril, presque macho, à me parler de voitures. On voit que c’est quelqu’un qui a vécu avec des hommes toute sa vie. Petit à petit, il s’est vite rendu compte que ce livre était un bon moyen de se comprendre lui-même. Je me suis familiarisé au personnage et je me le suis approprié. Pendant sept-huit mois, j’étais Zlatan Ibrahimovic.

Le livre évoque l’alcoolisme de son père et la toxicomanie de sa demi-sœur. A-t-il eu du mal à se livrer sur ces sujets?

Il voulait écrire un livre sans cacher une quelconque part de sa vie mais il s’est vite rendu compte que cette vérité pouvait blesser certains de ses proches. Il fallait quand même écrire que son père pouvait parfois être ivre mort, que le frigo était vide et que sa mère le tapait à coups de cuillère. Six mois après l’avoir rencontré, je ne savais toujours pas ce que j’avais le droit de dire ou non à ce sujet dans le livre. Il m’a dit: «tu peux raconter tout ça, mais fais-le avec amour David.» C’était sa seule condition.

Pourquoi commencez-vous le livre par son passage au FC Barcelone?

C’était un peu conventionnel de commencer le livre par «Je suis né le…». C’était l’une des raisons mais cela vient aussi du fait qu’il était très marqué par ça quand je l’ai commencé. La blessure était encore ouverte, il m’a très facilement raconté tout ce qu’il s’était passé dans le vestiaire de Barcelone cette année. J’ai dû enlever certaines choses qu’ils me disaient sur Pep Guardiola. Ce n’est pas de la censure, mais on ne pouvait pas le formuler comme ça.

Ils parlent souvent des «Suédois» pour désigner certains jeunes de Malmö, sa ville de naissance. Se sent-il étranger dans son propre pays?

Il a grandi dans une Suède différente de celle que les gens connaissent. Il avait presque 20 ans la première fois qu’il a regardé une chaîne de télévision suédoise. Il vivait dans son propre univers, dans son ghetto. En 1994, il ne connaissait même pas le gardien de l’équipe suédoise qui venait de finir à la troisième place de la Coupe du monde alors que c’était un héros national. Quand il arrive dans l’équipe des jeunes du Malmö FC, il se sent très différent des jeunes de la classe moyenne suédoise qui compose l’équipe.

Le livre finit alors qu’il est encore au Milan AC. Pensez-vous à faire une suite?

Pourquoi pas? Avec son arrivée en France et tout ce qu’il s’est passé depuis 2011 dans sa vie, il y aurait de quoi faire. Mais c’est encore un peu trop frais.