Vendée Globe: «Quand la compagne de François Gabart l'appelle, je lui demande de m'envoyer un texto»

VOILE Le team manager de François Gabart nous décrit son quotidien...

Propos recueillis par Romain Baheux

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Il y a la partie grand public et glamour du Vendée Globe, celle des skippers qui parcourent les mers du globe. Et il y a celle plus confidentielle et moins attractive, qui se déroule devant des écrans d’ordinateurs sur la terre ferme. Avec déjà deux Vendée au compteur, Jean-Paul Roux est une référence en la matière. Homme de confiance des deux précédents vainqueurs Vincent Riou et Michel Desjoyeaux, il nous raconte sa manière de travailler avec François Gabart, probable futur vainqueur de la course.

La prise de contact: «Ca fait assez peu de temps que je connais François. A Port-la-Forêt, je le croisais sur le port de temps en temps. La première fois qu’on a passé un peu de temps ensemble, c’est quand il est venu nous voir à Mer Agitée au printemps 2010 pour nous dire qu’il voulait travailler avec moi et Michel Desjoyeaux pour le Vendée Globe. Petit à petit, on a appris à se connaître. Contrairement à Michel Desjoyeaux et Vincent Riou, que je connaissais déjà avant, notre relation s’est construite sur le boulot. C’était important que l’on se découvre avant le Vendée Globe. Je refuserais de suivre quelqu’un s’il me contactait trois ou quatre mois avant la course. Ce n’est pas ma manière de travailler. Je dois sentir que la personne me fait totalement confiance pour pouvoir bien travailler.»

Leur fonctionnement: «En cas de souci, François ne doit avoir qu’un seul interlocuteur pour pouvoir régler efficacement les problèmes. J’ai constitué une cellule de crise qui comprend trois personnes qui prennent les décisions en cas de problème. On a instauré un code couleur qui hiérarchise les différents niveaux d’alerte qu’il peut rencontrer à bord: ça va du vert où tout va bien au noir qui traduit un événement dramatique. Autre principe que l’on a mis en place: la terre ne passe jamais un coup de téléphone au navire. S’il dort, ça va le réveiller, perturber son sommeil et le fatiguer davantage. S’il est en train de manœuvrer, ça peut le déranger et lui entraîner une action périlleuse. Quand on veut le joindre, on lui envoie un mail pour qu’il nous appelle. Sans vouloir m’immiscer dans leur vie privée, j’ai aussi demandé à sa compagne de m’envoyer un texto quand elle l’appelle. Juste pour me dire si tout va bien.»

Son travail à terre. «François n’a pas besoin de mes conseils pour déterminer la stratégie de course, il est 100.000 fois plus calé que moi dans ce domaine. Le conseiller, ça peut avoir un effet dévastateur. Lui dire «tu as vu, untel fait ça, pourquoi tu fais ça ?», ça va semer le doute dans son esprit. C’est le grain de sable qui peut perturber la machine bien rodée. Depuis le départ, je vis avec la certitude qu’il est le meilleur et qu’il sait ce qu’il fait. De mon côté, je suis prêt à lui répondre au moindre souci. Il doit toujours pouvoir m’appeler. Depuis le départ du Vendée, je n’ai pas pris l’avion pour rester joignable. Quand je suis au restaurant et que mon téléphone ne capte pas, je change de restaurant. Je demande à mes amis de ne pas m’appeler tard le soir car ça peut me mettre dans un état de stress extrême. C’est un sacrifice mais on le sait au départ. J’ai quand même passé le relais à Michel Desjoyeaux (double vainqueur du Vendée Globe) entre Noël et Nouvel An quand j’étais malade. Il a pris le téléphone, l’ordinateur portable et a assuré l’intérim.»