Djibril Camara: «J’ai failli tout laisser tomber»

INTERVIEW De nouveau autorisé à jouer, le joueur du Stade français, revient sur ses six mois de suspension...

Propos recueillis par Romain Scotto

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Le rugbyman du Stade français Djibril Camara, lors d'un match du Top14 le 10 mars 2012 contre le LOU.
Le rugbyman du Stade français Djibril Camara, lors d'un match du Top14 le 10 mars 2012 contre le LOU. — M.Bureau/AFP

Suspendu six mois par l’AFLD pour trois défauts de localisation, l’arrière parisien n’attend plus que la convocation de ses entraîneurs pour rejouer au plus haut niveau. Ce ne sera pas samedi à Valenciennes, contre les London Welsh, puisqu’il n’est pas qualifié pour la Coupe d’Europe. Mais peut-être lors du prochain match de championnat contre Grenoble. En attendant, il revient sur ce long tunnel sans matchs au cours duquel il a bien failli tout plaquer…

 
Vous sentez-vous déchargé d’un poids depuis la fin de votre suspension?

Je me sens un peu libéré, j’ai la rage. Je fais tout pour bien m’entraîner. Quand tu es suspendu et que tu t’entraînes tout en sachant que tu ne joueras pas, c’est frustrant. Mais aujourd’hui, même les coachs ont remarqué que j’étais de plus en plus appliqué.

Est-il plus difficile de s’entraîner sans pouvoir jouer?

Il vaut mieux être blessé en fait. J’ai été blessé au genou pendant six mois. J’ai préféré cette situation. Quand tu es suspendu et que tu ne peux pas jouer, tu ne peux pas t’entraîner de la même façon. Tu y vas en reculant même si ça fait toujours plaisir de tâter un peu de ballon.
 
Etait-ce la période la plus difficile de votre carrière?

Oui, parce que je l’ai vécue comme une injustice. Ma carrière est courte, il ne faut pas s’enflammer. J’ai connu les blessures, mais je les acceptais mieux. Là, j’ai été suspendu pour quelque chose que je n’ai pas fait.
 
En quoi est-ce une injustice?

Parce que je ne suis pas dopé et que je ne comprends pas qu’on puisse suspendre des personnes qui ne sont pas dopées. Je parle aussi pour Huget qui a été dans le même cas, ou le cycliste Offredo. Avec ces sanctions, tu peux tuer la carrière de quelqu’un.
 
Avez-vous eu le sentiment d’être perçu comme un dopé?

Ce qui m’a énervé, c’est d’entendre toutes ces personnes parler pour ne rien dire, notamment dans ma famille. Ça m’a vraiment énervé.
 
Vous auriez pu craquer?

J’aurais pu. Mais mes proches m’ont aidé à gérer. J’aurais pu dire que j’en avais marre, changer et faire autre chose. A un moment, je n’étais vraiment pas bien. J’ai failli tout laisser tomber. J’ai loupé des entraînements, j’inventais des excuses. J’en avais juste marre de m’entraîner pour rien. Heureusement que j’ai toujours eu des soutiens.
 
Qu’avez-vous appris pendant ces six mois?

Le club m’a envoyé un mois en Inde pour entraîner une équipe d’orphelins à Calcutta. J’ai découvert qu’il y avait plus difficile que ce que je vivais. Au début, j’ai pris ce voyage comme une punition. Et finalement là-bas, j’ai compris que c’était pour me changer les idées, arrêter de ne penser qu’à ma petite personne. Découvrir la difficulté dans d’autres pays m’a fait comprendre que six mois de suspension, ce n’est pas la mort.

Aujourd’hui, êtes-vous à l’abri d’un nouveau défaut de localisation?

Je suis encore en sursis pendant six moi. Si je loupe un contrôle, je suis à nouveau suspendu. Mais s’ils me refont ce coup-là, ça peut gueuler. Ça fait plus de trois ans que je suis dans le groupe des joueurs cibles. J’ai eu deux avertissements, je savais qu’ils n’allaient pas me lâcher. Ils m’ont eu, j’ai passé six mois suspendu sans être dopé. Et ça m’ennuierait de repartir sur une suspension. Mais je suis plus vigilent sur la localisation.
 
En voulez-vous à quelqu’un?

A moi-même. Quand tu ne te réveilles pas et que les contrôleurs sont là, tu ne peux en vouloir qu’à toi-même.