Le Dakar est-il devenu une course écolo?

AUTO Souvent critiquée pour son impact sur l'environnement, la course tente d'inverser le cours de sa réputation...

Antoine Maes
— 

De notre envoyé spécial à Lima (Pérou),

 

Des centaines de pots d’échappement, des milliers de litres d’huile, et d’immenses villes éphémères au milieu du désert, avec les tonnes de déchets qui vont avec. C’est peu dire que chaque édition du Dakar soulève sa part d’indignation verte: comment, en 2013, peut-on envoyer des hordes mécaniques souiller les espaces naturels d’Amériques du Sud? La vérité est évidemment plus nuancée. Cette année, ASO peut en effet annoncer que la course compense 100% de son empreinte carbone directe, soit 15.500 tonnes équivalent CO2. 

«Une organisation responsable comme la notre doit aller vers ces valeurs-là, insiste Grégoire Murac, responsable du programme environnement du Dakar. On n’est pas du tout dans une démarche de lissage de l’image», poursuit-il. Sans doute un peu quand même, mais les résultats sont concrets, même si en prenant en compte l’impact indirect de l’évènement, comme le déplacement des spectateurs, la part de la compensation tombe à 48%. En travaillant avec l’ONG Madre de Dios dans l’Amazonie péruvienne et brésilienne, elle a pu créer un crédit carbone conséquent sur le marché volontaire des émissions du protocole de Kyoto. Et «sauver 120.000 hectares de forêt qui seraient détruits lors des 10 prochaines années».

«Ils ne peuvent pas balancer n’importe quoi sur le parcours sans ramasser»

Une démarche qui va de pair avec une plus grande sensibilisation du bivouac en général et des concurrents en particulier. «Ils signent une charte de sécurité, mais aussi une charte environnementale. Ils ne peuvent pas balancer n’importe quoi sur le parcours sans ramasser», explique Grégoire Murac. Et ce n’est pas qu’une énième signature au bas d’un document que personne ne lit: les contrevenants s’exposent à des sanctions allant de 1.000 euros d’amende jusqu’à la disqualification pure et simple en cas de récidive

Si ce cas ne s’est pas encore présenté, le Dakar a encore besoin d’une équipe de 16 personnes pour collecter les déchets recyclables laissés par les pilotes et leurs équipes, notamment l’huile (7.000 litres) ou les pneus usagers (19 tonnes). «Les attitudes de tous les concurrents changent, ce sont quand même des gens inscrits dans leur époque», reprend Grégoire Murac. Une époque où aucun véhicule totalement vert ne prendra le départ, «parce que la technologie des constructeurs ne le permet pas encore». Et où c’est l’organisation qui devra compenser ses émissions de CO2 encore très longtemps.