Tour de France 2013: La méthode qui décrypte le coup de pédale de Christopher Froome

CYCLISME L'équipe Sky a laissé un expert analyser les données de Christopher Froome dans L'Equipe...

Antoine Maes

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Le coureur britannique de l'équipe Sky, Christopher Froome, lors du contre-la-montre autour du Mont-Saint-Michel, le 10 juillet 2013.
Le coureur britannique de l'équipe Sky, Christopher Froome, lors du contre-la-montre autour du Mont-Saint-Michel, le 10 juillet 2013. — P.Guyot/AFP

«Le dopage on peut l’enrayer très rapidement, c’est simple comme bonjour.» Pour Fred Grappe, le fléau qui ravage le vélo depuis des décennies peut être facilement vaincu. Entraîneur de l’équipe FDJ, il a théorisé le Profil de Puissance Personnalisé (PPP), utilisé depuis plusieurs années au sein de la formation de Marc Madiot. Dans L'Equipe de jeudi, le Français a utilisé sa méthode pour analyser les données de Christopher Froome. L'équipe Sky, qui a refusé de les publier in-extenso, a donc accepté de jouer (en partie) le jeu. Après analyse, les performances du britannique sont «cohérentes» selon Fred Grappe. En décembre 2012, il nous avait expliqué comment fonctionne sa solution.

Le PPP, qu’est-ce que c’est? «Le cyclisme est le seul sport où on peut mesurer la puissance mécanique développée par les coureurs. En athlétisme ou en natation, ils ont des chronos. Nous, non», explique Fred Grappe. A l’aide d’un capteur sur le vélo, on récolte ainsi des données dont l’analyse peut définir les capacités maximales d’un Thibault Pinot ou d’un Nacer Bouhanni. L’unité de mesure n’est pas le watt, mais le watt par kilo. «Un Tom Boonen qui fait 85 kilos et qui développe 500 watts, ce n’est pas la même chose qu’un Contador qui fait 15 kilos de mois», remarque Fred Grappe.  «L’organisme vous impose ses limites, vous avez une sorte de taquet. Soit on la dépasse légèrement, soit on est en dessous. A la fin, on peut dresser un profil de puissance pour chaque coureur», promet le coach français, qui a théorisé sa méthode dans une thèse consultable sur internet. Et qui lui sert aujourd’hui autant à affiner la préparation des coureurs qu’au recrutement. 

Comment détecter les dopés? Une fois le seuil de chaque coureur défini, des variations irrationnelles du PPP constituent un indice probant d’un éventuel dopage. A ce titre, les contrôles sanguins ou le passeport biologique ne suffisent plus: «on est dans ce qui se passe à l’intérieur du moteur, reprend Fred Grappe. Nous on est dans ce que produit le moteur. C’est comme si vous aviez tout ce qu’il faut comme données sur le moteur d’une voiture, mais que vous ne mesuriez jamais sa vitesse. Dans le vélo, aujourd’hui, on peut dire qu’on  n’a rien trouvé de mal dans le moteur, mais que la voiture roule à 300 km/h». Au final, si l’usage du PPP était généralisé, «un directeur sportif qui dit qu’il ne savait pas, ce serait un menteur», assure Grappe. 

Pourquoi on ne l’utilise pas encore? Evidemment, si tout était aussi simple, cette solution serait déjà en route. Si elle ne l’est pas, c’est parce qu’elle encore assez récente. «Il faudrait encore quelques années de travail pour fixer des normes comme au niveau biologique», ajoute l’entraîneur de la FDJ. Il faudrait aussi adopter un modèle standard de capteur, et les étalonner constamment, puisque ce sont des appareils très sensibles à la température. Ensuite? «Il pourrait y avoir une banque de données, une boîte noire, comme pour les données médicales, qui ne soient exploitables que par certaines personnes», propose Fred Grappe.  

Peut-on contourner le système? Dans un monde idéal, ce serait très compliqué. «Si vous truquez un capteur, je vais vite le voir. Simplement parce qu’à l’envoi du fichier, tout est indiqué, même les changements de sa calibration», indique Fred Grappe. Avec un système pareil, pour se doper tranquillement, il faudrait donc bénéficier du soutien d’un médecin mais aussi d’un pirate informatique, capable de bidouiller les capteurs ou de craquer la banque de données. Et ça s’est déjà vu: en novembre 2012, Floyd Landis a été condamnée à 12 mois de prison avec sursis pour avoir piraté le système informatique du laboratoire de l’AFLD de Châtenay-Malabry.