Pourquoi les sportives se sentent toujours mises à l'écart de la télé

MEDIA L'exposition médiatique du sport féminin progresse très lentement...

Antoine Maes et Romain Scotto

— 

La Française Paule Baudouin, le 4 décembre 2012, en Serbie, contre la Macédoine, lors des championnats d'Europe de handball.
La Française Paule Baudouin, le 4 décembre 2012, en Serbie, contre la Macédoine, lors des championnats d'Europe de handball. — DIMITAR DILKOFF / AFP

Combien sont-ils, mardi soir, à avoir suivi le premier match des Françaises lors de l’Euro de hand féminin en Serbie, contre la Macédoine, devant Sport+? Peut-être pas aussi nombreux que lors de l’affiche de Ligue 1 du dimanche soir en football sur Canal+, mais au moins, la diffusion a le mérite d’exister. «Du hand féminin, il n’y en a jamais assez. On a la chance que Sport+ retransmette, mais il faut être câblé, il n’y a pas assez de sport féminin sur les chaines hertziennes», explique Valérie Nicolas, ancienne gardienne des Bleus, qui commente toute la compétition sur la chaine cryptée.

Le constat est flagrant: «85% de la couverture est dédiée à des sports masculins», selon Najat Vallaud-Belkacem, dans une interview à L’Equipe, la semaine passée. La ministre des Droits des femmes l’a annoncé: elle veut élargir à des compétitions féminines la liste des 27 événements sportifs accessibles gratuitement. «Partout, il devrait y avoir l’égalité, répond la cycliste Edwige Pitel. C’est un cercle vicieux. Il n’y a pas de télé, donc moins de sponsors, donc moins de concurrentes, des filles qui travaillent à côté et qui son moins professionnelles. C’est un serpent qui se mord la queue. Il faut casser ça.» 

Contre «la parité des sexes» mais pour «la parité des mérites» 

Et si le vent tourne, il le fait très lentement, malgré les succès d’audience de l’équipe de France de football ou la diffusion de la première division sur France 4 et Eurosport. «Plus on en montrera plus il y aura des conséquences, avec de nombreux licenciés, explique la footballeuse lyonnaise Laetitia Tonazzi. Il faut au moins tenter le truc et voir ce que ça donne. Les gens seront peut-être déçus du sport masculin.» En attendant d’en arriver là, le chantier du sport féminin est encore béant, notamment pour les sports dont même la version «masculine» a du mal à se faire une place.

Anny Courtade est la présidente du RC Cannes volley. Et si ses matchs de Ligue des champions sont retransmis sur Ma Chaine Sport, ils le sont sans aucune contribution financière. «Il y a un frémissement, mais grâce à combien d’efforts, pour arriver à un si petit résultat?», accuse-t-elle. Celle qui se décrit comme une «pasionaria emblématique du sport féminin» se dit contre «la parité des sexes» mais pour «la parité des mérites»: «Quand Tours joue en Ligue des champions, ils ont une demi-page dans L’Equipe, et nous on a dix lignes. On diffuse 14 matchs des garçons, plutôt que la finale du championnat ou de la coupe chez les filles. C’est une discrimination notoire». Encore plus quand on est à la tête du club de sport collectif le plus titré de France.