Vendée Globe: Comment les skippers vivent leur abandon

VOILE Sept concurrents ont déjà quitté la course...

Romain Baheux

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Le bateau de Vincent Riou, PRB, le 10 novembre 2012 lors du Vendée Globe.
Le bateau de Vincent Riou, PRB, le 10 novembre 2012 lors du Vendée Globe. — S.Mahé/REUTERS

Quatre années de préparation, une recherche acharnée de sponsors, des mois d’entraînement… pour abandonner au bout de quelques jours. Trois semaines après son départ des Sables d’Olonne, le Vendée Globe a déjà perdu sept concurrents, contraints de rentrer au port après des avaries techniques. Un abandon dans le Vendée Globe serait toutefois comme le cholestérol. Il y en aurait du bon et du mauvais.

«C’est beaucoup plus frustrant quand on doit s’arrêter au début ou en milieu de course, explique Roland Jourdain qui a connu ce cas de figure en Tasmanie dans l’édition 2004-2005. Lors de la dernière édition, j’avais dû abandonner aux Açores sur le retour. D’un point de vue de compétiteur c’est frustrant mais d’un point de vue de marin, le résultat est là.» Une décision qui demeure quand même un crève-cœur, tant l’investissement dans la course est important. «On regarde d’abord si on peut résoudre le problème et ensuite on hésite vachement, décrit Patrice Carpentier, deux abandons au compteur dans ses trois Vendée Globe. Vincent Riou, qui venait pour faire un résultat, a dû réfléchir un paquet de temps. Dans tous les cas, c’est un choix que l’on fait seul.»

Roland Jourdain: «Six à huit mois pour s’en remettre»

Vient ensuite le temps du retour sur la terre ferme alors que les autres marins sont encore engagés dans la course. Pour chasser le spleen, certains coupent tout contact avec la course comme Marc Guillemot qui est parti au soleil avec son épouse. «On évite de regarder le pointage des concurrents tous les quatre heures, poursuit Roland Jourdain. On ne verse pas dans la lamentation mais il faut six à huit mois pour l’évacuer. Ce qui est compliqué, ce sont les gens que vous ne connaissez pas vraiment et qui viennent vous voir pour vous dire «ca sera pour la prochaine fois». Quand on est sur terre, on pense également aux moments que l’on aurait vécus si l’on était encore en course. Même si ça fait plaisir de passer Noël en famille plutôt qu’en mer…»

Le problème est différent quand on se décide de boucler le parcours malgré l’abandon. «C’était un contrat avec moi-même, raconte Patrice Carpentier. Je voulais finir mon tour du monde même si j’avais fait réparer mon bateau. J’avais le moral au plus bas, j’ai failli proposer à quelqu’un de finir la course avec moi. Finalement, je me suis repris et j’ai fini la course tout seul. Sans stress, comme pour une croisière.» Dix ans plus tard, le navigateur finissait son Vendée Globe à la onzième place. L’avantage d’avoir reconnu la route une première fois.