Ligue des champions: Luiz Adriano a-t-il bien fait de tricher?

FOOTBALL L'attaquant de Donetsk a pris un match de suspension pour avoir marqué au lieu de rendre le ballon à l'adversaire...

Julien Laloye et Antoine Maes

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Luiz Adriano pris à partie après son but contre Nordsjälland, le 20 novembre 2012.
Luiz Adriano pris à partie après son but contre Nordsjälland, le 20 novembre 2012. — L.Poulsen/SIPA

C'est une première dans l’histoire du foot. Luiz Adriano a pris un match de suspension par l’UEFA mercredi soir pour avoir marqué avec le Shakthior Donetsk face à Nordsjälland en Ligue des champions (2-5) alors que les Ukrainiens étaient censés rendre le ballon à leur adversaire. «Un but à l’instinct» selon son entraîneur Lucescu, un énorme vol pour le reste de la planète foot. Depuis le Brésilien s’est excusé, mais le débat est ouvert: pourquoi est-ce que les footballeurs devraient être fair-play? 20 Minutes a réuni le bon (un arbitre), la brute (un complice) et le truand (un coupable) pour trancher.

L’œil de l’arbitre. Joël Quiniou n’a pas le souvenir d’avoir dû réagir à une action similaire sur un terrain. Mais pour l’ancien arbitre international, il n’y a pas d’hésitation à avoir: ce n’est pas parce qu’on ne peut rien faire sur le coup et que les textes ne prévoient pas de sanctions qu’il faut laisser passer. «On parle de règles de bon sens qui sont appliquées sur tous les terrains. Il faut une sanction exemplaire, sinon c’est la porte ouverte à toutes les tricheries possibles.» C’est la seule manière, aussi, de «culpabiliser» les joueurs qui mettent le fair-play de côté. «Il y a une culture chez les footballeurs où tout est prétexte à l’emporter, cela a toujours existé. Regardez la main de Maradona en 86. On fait le procès de l’arbitre et pas celui du joueur. Cette perception doit changer.»

L’œil du complice. En 1999, Kaba Diawara remporte un tour de Cup avec Arsenal contre Sheffield United (2-1) avec un but entaché d’un gros manquement au fair-play de Kanu et d’Overmars. Mais Arsène Wenger fait rejouer le match après la polémique. «Parce qu’il est très fair-play, très classe, et qu’il ne voulait pas gagner comme ça. Au moment du but, on est gêné. Ca fausse le match, ça énerve tout le monde», raconte l’ancien buteur de Bordeaux. En 2001, avec West Ham, Paulo Di Canio, en position idéale pour marquer, préfère arrêter l’action après que le gardien d’Everton se blesse au genou. «Il a eu le prix Nobel de je ne sais pas quoi, mais nous on l’a tué dans le vestiaire et Redknapp (alors entraîneur) l’a démoli. On était mal en championnat, on jouait le maintien», se rappelle Diawara. Comme quoi, le fair-play est aussi un privilège de riche.

L’œil du coupable. Daniel Dutuel se souvient très bien de ce but imaginaire inscrit face à Mont-de-Marsan en 1995. Le Bordelais reprend de volée un centre de Zidane qui passe du mauvais côté du filet… mais qui rentre par-dessous. But accordé en toute normalité pour Dutuel. « Dans l’action je ne rends pas compte. Je lève la tête et je vois le ballon dans les filets. Qu’est-ce que tu fais ? Ben tu lèves les bras.» Même si c’est aussi grossier ? «On n’a jamais su. Les arbitres n’ont rien trouvé en examinant les filets». Pas vu pas pris, donc. «Luiz Adriano, peut-être qu’il ne regardait pas l’action, il a droit au bénéfice du doute», ajoute Dutuel. Au point de ne pas le suspendre? «C’est au club de décider. Eux, ils savent si le joueur est un tricheur à répétition. Et si le club ne fait rien, comme Donetsk? «C’est qu’ils sont bien contents de la façon dont ça c’est passé.»