Cellules souches mais promesses louches

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Les récentes révélations du "Sunday Times", selon lequel plusieurs joueurs du championnat anglais auraient fait congeler des cellules souches prélevées sur leurs enfants, sont-elles un coup de pub douteux pour les banques d’embryon privées ou bien le signe d’une véritable avancée scientifique ? En Fait, même si l’utilisation de cellules ombilicales a donné des résultats encourageants dans le traitement de certaines maladies du sang, faire miroiter l'espoir de s'en servir pour "réparer" des sportifs relève de la "publicité mensongère", selon le généticien Axel Kahn.

Pour les biologistes, les cellules souches ont un intérêt thérapeutique majeur car elles sont capables de produire tous les types de cellules spécialisées qui composent les tissus de notre corps (peau, sang, muscles...). Les chercheurs espèrent pouvoir guérir certaines maladies en transplantant à des patients des cellules souches qui produiraient à leur tour les tissus ou les organes lésés. On parle alors de "médecine régénératrice".

Les cellules souches de cordon sont des cellules embryonnaires prélevées dans le sang du cordon ombilical au moment de la naissance. Faciles à prélever, elles sont une sorte d’intermédiaire entre les cellules souches embryonnaires qui peuvent évoluer en n'importe quelle cellule spécialisée de l’organisme adulte -mais dont l’exploitation soulève des problèmes éthiques- et les cellules souches adultes -aux capacités d'évolution moindre et à la durée de vie limitée.

A l’avenir on espère que ces cellules pourront remplacer les greffes de moelle osseuse chez l'enfant et l'adulte dans les cas de leucémies ou de déficit de production de cellules sanguines, et ce avec beaucoup moins de risques de rejet de la greffe. En France, c’est le Professeur Eliane Gluckman (hôpital Saint-Louis, Paris) qui a réalisé en 1998 la première greffe de cellules de cordon. Plus de dix mille greffes thérapeutiques de sang provenant du cordon ombilical du nouveau-né ont déjà été faites dans le monde, dont plus d'un millier en France.

Néanmoins, les spécialistes rappellent que transformer des cellules souches en éléments réparateurs est encore du domaine du laboratoire. En dépit des propositions futuristes annoncées par les banques d’embryon commerciales, pour Axel Kahn, régénérer du cartilage ou réparer un ligament abîmé à partir de cellules souches du cordon n'est "pas du tout une méthode au point".
"La manipulation des cellules souches embryonnaires comporte des risques, notamment de cancers et de leucémie", note le professeur Gluckman citant la mésaventure de chercheurs qui, après injection de ce genre de cellules dans le cerveau de souris, ont obtenu de l'os au lieu du tissu nerveux réparateur espéré.

Yaroslav Pigenet
(yarek.blog.20minutes.fr)

Pour en savoir plus :
• Consultez le rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques sur le clonage, la thérapie cellulaire et l’utilisation thérapeutique des cellules embryonnaires.
• Le site de CryoGenesis.