Jean le Cam, le skipper de SynerCiel, en pleine pause déjeuner.
Jean le Cam, le skipper de SynerCiel, en pleine pause déjeuner. — VINCENT CURUTCHET / DARK FRAME / Synerciel

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Vendée Globe: Guide des bonnes pratiques culinaires en mer

Partis pour une centaine de jours en mer, les skippers du Vendée ne doivent pas négliger l'alimentation...

Parce qu’au beau milieu de l’océan, se faire livrer une pizza relève du miracle, les skippers du Vendée sont tenus de s’organiser. Pour bien manger sans s’encombrer, pour se faire plaisir sans avaler n’importe quoi, la flotte du tour du monde en solitaire et sans assistance est soumise à beaucoup de contraintes.

L’obsession du poids. Oui, même sur des bateaux de 8,5 tonnes, chaque kilo compte. Les concurrents emmènent autour de 150 kilos. «Quelqu’un qui ne fait pas attention, qui ne prend pas de nourriture lyophilisée, il peut rajouter 40% de poids. Avoir une machine de folie et emmener 200 kilos de plus, ça ne sert à rien», remarque Raphaël Dinelli, trois Vendée Globe au compteur (et deux terminés). Le poids des vivres à bord fait d’ailleurs partie du «matossage»: à chaque changement de côté, les skippers passent la nourriture d’un côté ou de l’autre pour faire contrepoids. Et déplacer dix caisses de foie gras, c’est aussi du sport. 

Un menu écrit à l’avance. En mer, inutile de jouer à «Masterchef». Personne n’a le temps de réfléchir trop longtemps à la composition de son menu. Tout est d’ailleurs quasiment écrit à l’avance. Souvent, les rations sont organisées par semaine. «La semaine 1, c’est le golfe Gascogne. La semaine 2, la descente des alizés. La semaine 3, le pot au noir…» explique Dinelli. Et ce n’est pas qu’une question de pratique. «Dans le pot au noir, il fait 35°C, on va manger 2.000 ou 2.500 calories par jour plus huit litres d’eau. Dans les mers du Sud, ce sera plus 3.500 calories avec deux litres d’eau chaude dans des soupes», poursuit Raphaël Dinelli. Dans ce cas-là, mieux vaut ranger la laitue dans la même caisse que la tartiflette. 

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L’importance du plaisir. Difficile d’imaginer une cuisine trois étoiles sur le Vendée Globe. La notion de plaisir gustatif est pourtant importante, même si la qualité des rations industrielles s’est largement améliorée. Dans ce cadre, il y a Jean Le Cam et les autres. Le skipper de SynerCiel est le seul à ne pas emmener de plats lyophilisés. Il n’a que des plats sous-vides mais cuisinés par sa femme, restauratrice, quitte à supporter un peu plus de poids: rillettes de canard au piment d’espelette, foie gras, compote à la fraise… «C’est une histoire de culture culinaire. C’est un moment important à bord. Quand il fait froid, que vous êtes en tempête, mangez un truc qui est dégueulasse et vous vous pendez», assure Raphaël Dinelli. Quand un Yves Parlier «peut partir trois jours avec un tube de lait concentré», lui avait sa petite astuce. «Sur mon premier Vendée, ma belle-maman me faisait des conserves de sauces bolognaise ou bourguignonne…» 

De bonnes bouteilles mais pas trop. Le problème des vrais gourmets, c’est qu’ils ne se contentent pas de bien manger, il faut aussi boire correctement. A une époque, l’organisation de la course offrait des mini-bouteilles de champagne pour célébrer le passage des caps. Jean Le Cam, encore lui, a embarqué trois demi-bouteilles de Château Angélus. Pas forcément l’idée du siècle. La famille de Raphaël Dinelli lui offrait par exemple des grands vins à déguster en mer. «Il sort de sa cave pour la première fois depuis 30 ans, il fait le golfe de Gascogne, il a chaud, il a froid. Et moi, après, je le mets dans la casserole et je le fais réchauffer pour le mettre à température ambiante... Je leur ai dit d’arrêter le massacre.»