Armel Le Cléac'h: «Nous ne sommes pas non plus totalement masos»

VOILE Le Finistérien prend le départ de son deuxième Vendée Globe, samedi. Il en est l'un des favoris...

Propos recueillis par Matthieu Goar

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Le Chacal est de retour. Après avoir fini deuxième de l’édition 2008-2009 derrière l’intouchable Michel Desjoyeaux (une aventure qu’il nous avait contée dans son blog ici), Armel Le Cléac’h repart pour un tour à bord d’un bateau de dernière génération. Connaissant l’obstination du bonhomme, sa seconde participation pourrait être la bonne. Entretien.

Comment abordez-vous cette deuxième participation?

L’état d’esprit est forcément différent. J’ai vécu beaucoup de choses et je ne pars pas avec les mêmes appréhensions. La première fois j’avais l’objectif de surtout bien naviguer, proprement et je suis passé à travers les écueils pour finir à une jolie deuxième place. Cette année, mes objectifs sont plus ambitieux d’un point de vue sportif. Parce que mon palmarès a évolué. Je peux viser la plus haute marche du podium. Mon expérience m’a également permis d’aller à l’essentiel lors de la préparation,  savoir ce dont j’avais vraiment besoin, par exemple pour le confort à bord. Du coup j’ai pu plus travailler sur la performance pure et sur l’entraînement  mais aussi sur l’alimentation. Il y a quatre ans, j’avais eu quelques problèmes en arrivant avec 8kgs en moins. Cette fois-ci, j’ai travaillé avec un médecin lorientais spécialiste de la nutrition.

Vos ambitions vous forceront à prendre plus de risques et à jouer avec la possibilité de tout perdre…

Il y a quatre ans j’avais été assez conservateur. Je le serai moins pour rester aux avant-postes. Le problème est de trouver le bon tempo entre préservation du bateau et performance. C’est tout l’intérêt du Vendée Globe car tu n’as qu’un joker sur cette course: si tu as une grosse avarie, c’est fini. A nous de nous adapter sur l’eau en fonction de notre position par rapport aux autres et de la météo.

La douche d'Armel il y a 4 ans:


Douche à bord de BRIT AIR par armel_lecleach

Pensez-vous pouvoir faire le tour en moins de 80 jours?

Oui j’ai entendu que Denis Horeau [le directeur de course] avait évoqué un temps possible de 76 jours. Cela me semble difficile, voire même impossible. Michel Desjoyeaux avait réalisé un peu plus de 84 jours la dernière fois mais il avait bénéficié d’une bonne météo dans le Grand Sud et lors de la remontée de l’Atlantique où ça partait toujours par devant. Nous pouvons gagner deux-trois jours sur ce temps mais ça dépendra de beaucoup de facteurs et notamment de la météo. Car nous ne partons pas dans des conditions de record mais à un jour fixe.

François Gabart a construit un sister-ship (bateau dessiné à partir des mêmes plans) de votre banque Populaire. Est-ce que cela change votre façon d’appréhender la course?

Non il y a quatre ans,  il y avait déjà des bateaux assez proches du mien, notamment Generali. Gabart peut prétendre au podium et même à la victoire. Après nous serons sans doute rarement positionnés au même endroit sur l’eau. Si c’est le cas,  oui effectivement nous aurons sans doute un œil l’un sur l’autre…

Que conseilleriez-vous à un premier participant?

De vivre le truc à 200% car le Vendée est une expérience incroyable où chacun façonne sa propre course. Oui il y a des moments durs mais on les oublie vit. C’est pour ça que l’on repart car nous ne sommes pas non plus totalement masos… Et puis il y a des moments sublimes: le départ, la descente de l’Atlantique dans les Alizés, les lumières des mers du Grand sud même si les conditions y sont parfois dures, le Cap Horn que j’espère voir à nouveau et puis évidemment l’arrivée en espérant être devant tous les autres.