Franck Ribéry en conférence de presse le 22 octobre 2012, à Lille
Franck Ribéry en conférence de presse le 22 octobre 2012, à Lille — BAZIZ CHIBANE/SIPA

FOOTBALL

Losc: Franck Ribéry, une jeunesse lilloise

Le joueur du Bayern Munich retrouve mardi le Losc, où il a été renvoyé du centre de formation...

«Vous le regretterez !» A l’époque, la phrase lâchée à la cantonade par la mère de Franck Ribéry  sonne comme une prophétie. Novembre 1999, dans sa chambre du centre de formation, Franck Ribéry, 16 ans, fait ses valises après trois ans passés à travailler ses gammes. Lille ne le sait pas encore mais le club nordiste vient de renvoyer le meilleur joueur français de sa génération.

La faute à une bagarre dans la cour de récré du collège Carnot. «Une gamine s’était foutu de sa gueule. Il lui a cassé le bras involontairement et les parents de la fille ont porté plainte. Il en était déjà à 20 avertissements et 10 blâmes. On n’en pouvait plus», explique Jean-Michel Vandamme, toujours directeur du centre de formation du Losc. Officiellement, Ribéry a donc été renvoyé pour problèmes de comportement. Mais officieusement, la réalité est un peu différente.

«  Le Losc ne comptait pas sur lui »

«La vraie explication, c’est que le Losc ne comptait pas sur lui. Il ne faisait pas plus de conneries que les autres. Mais  Il ne jouait pas depuis le début de saison en moins de 17 ans. S’il était déjà très doué techniquement, il ne tenait pas la route physiquement», se rappelle Frédéric Advice, son ancien coéquipier au centre de formation devenu recruteur pour le stade rennais.  «Et puis, à la fin des années 90, on faisait plus confiance aux joueurs athlétiques qu’à ceux de petite taille. C’était avant que l’Espagne devienne championne du monde», glisse Sébastien Pennachio, capitaine de la réserve du losc et ami proche du Munichois.

Un renvoi qui signe la fin de l’insouciance du gamin débarqué à 12 ans et demi de son Boulogne natal. «  C’était le plus jeune du centre de formation. On le protégeait avec ma femme. C’était son chouchou. Comme il n’avait pas les mêmes horaires que les autres, il venait souvent dormir sur le canapé devant la télé le mercredi après-midi », se souvient Jean-Noël Dusé, ancien intendant du centre de formation du Losc.

Heureux au centre, malheureux à l’école

Malgré son jeune âge, Franck Ribéry s’intègre vite au milieu des Cheyrou,  Delpierre et autres Cabaye. Grâce notamment à ses fameuses blagues de potache. «Tout ce que l’on a vu faire au Bayern, il le faisait déjà à Lille: le sel dans le café, la pommade sur les portes. C’était un super coéquipier qui mettait beaucoup d’ambiance, se rappelle Pennachhio. Avec déjà une grande confiance en lui. «Au centre, on attendait que Monsieur Dusé se couche pour sortir de notre lit et jouer à la console. On y jouait jusqu’à 5 heures du matin et parfois on culpabilisait. Quand on voyait les Cheyrou et Delpierre se coucher super tôt, on se disait qu’on ne serait jamais pros. Sauf Franck qui a toujours cru en lui», raconte Advice.

Si au club le petit Franck se sent comme un poisson dans l’eau, il vit l’enfer au collège Carnot où il est scolarisé «Il avait déjà redoublé deux fois. Un jour, une prof lui avait dit qu’il finirait vendeur de frites à Boulogne. Il lui avait répondu qu’il gagnerait dix fois plus qu’elle», sourit un ancien camarade de classe qui a voulu rester anonyme. Surtout, Ribéry subit aussi les moqueries incessantes des gamins de son âge. «Tous les gens lui mettaient la misère avec sa cicatrice sur le visage. Mais il ne se laissait pas faire. Il fallait être costaud pour supporter tout ça», raconte Samir Mokrani ancien élève du collège Carnot du temps du joueur du Bayern. 

«Pourtant, avec Yoann Cabaye, c’était le seul qui se mélangeait aux autres pour jouer au foot dans la cour. Alors que les autres joueurs du centre comme moi, on préférait ne pas se mêler à ça et  rouler les mécaniques avec les filles. Quand on voit ce qu’ils sont devenus, ça interpelle», se marre Fred Advice. Sûr de son destin, «Ch’ti Franck» n’a jamais lâché. «Il est passé par des moments compliqués après son renvoi de Lille. Mais, ça lui a forgé le caractère», conclut son ancien coéquipier chez les Dogues. Un Losc qui s’est longtemps mordu les doigts ne pas avoir assez cru en lui…