Dopage: Se doper sans gagner, le drame des sans-grades

CYCLISME Le coureur d'Ag2r Steve Houanard a été contrôlé positif à l'EPO, sans gagner la moindre course cette année...

Romain Scotto

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Illustration dopage dans le cyclisme
Illustration dopage dans le cyclisme — Sipa

Au rayon dopage, l’année 2012 a donc été marquée par les révélations ou les rebondissements des affaires Contador, Schleck, Armstrong et… Steve Houanard. Ne cherchez pas l’intrus, le fléau touche bien tous les types de coureurs, qu’ils soient leaders ou équipiers discrets. Mardi, l’UCI annonçait le contrôle positif à l’EPO du coureur d’AG2r, rapatrié en urgence depuis la Chine où il disputait le Tour de Pékin. Houanard, 26 ans, ne s’est pas encore exprimé sur son contrôle positif. Mais une chose est sûre, il ne s’est pas dopé pour gagner des courses. Son palmarès cette saison étant aussi épais qu’une guidoline élimée. Aucune victoire.

Alors pourquoi une telle prise de risque? «Ce qui me saute aux yeux, c’est qu’il est en fin de contrat et joue son va-tout, analyse Vincent Lavenu, son manager. Il se dit: Je n’ai plus rien à perdre. C’est ce qui me semble le plus réaliste par rapport à sa faute.» Son cas confirme l’existence de deux types de motivations avant le passage à l’acte: une ambition démesurée par rapport à des moyens limités. Et la crainte du lendemain dans un monde où un tiers des coureurs gagnent moins de 3.000 euros par mois.

«On ne roule pas à contresens sur l’autoroute parce qu’on est dépressif.»

Des cyclistes qui jouent leur va-tout dans leur dernière année de contrat, Bernard Quilfen en a vu un rayon en trente ans de management. «La première année, ils sont en roue libre et la deuxième, ils font tout pour resigner.» Y compris des choses interdites. «Parfois il y a une famille, une maison à payer. C’est vite la panique», indique le directeur sportif Cofidis, récemment poussé vers la sortie. La logique court-termiste des contrats expliquerait donc le réveil soudain de certains en fin de saison. «Vous pouvez ne pas marcher pendant deux ans et il suffit d’en gagner une au mois d’octobre pour repartir pour deux ans. C’est un peu injuste», enchaîne Jean-François Bernard qui conseille quand même aux coureurs de «se bouger avant» et d’éviter de sombrer dans la piquouze.

Dans le peloton, ce «dopage du pauvre» est aussi mal vu que la triche des cadors. «La faute, c’est la faute, tonne Lavenu. On ne roule pas à contre sens sur l’autoroute parce qu’on est dépressif. Même si le garçon est en difficulté par ce que son avenir n’est pas assuré, il ne peut franchir cette ligne blanche.» Quand on parle de dopage, il n’est jamais question d’indulgence.