Paris truqués: Le handball est-il en danger?

HANDBALL La crise pourrait remettre en cause l’essor du hand en France...

Bertrand Volpilhac (avec D.P. à Nantes)
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Les joueurs de Montpellier fêtent leur victoire en Coupe de France de handball, le 15 avril 2012 à Paris.
Les joueurs de Montpellier fêtent leur victoire en Coupe de France de handball, le 15 avril 2012 à Paris. — C.STEENKESTE / SIPA

Dans son calendrier, la Ligue nationale de handball avait coché cette dernière semaine de septembre comme la plus importante de la saison. Comme celle qui devait révolutionner le handball français, lui offrir un championnat à la hauteur de son équipe nationale, grâce au premier épisode de la spectaculaire rivalité annoncée entre le (très) riche PSG et l’historique Montpellier. Ce match aura bien lieu, dimanche à 15h, mais il aura forcément une saveur particulière, quelques jours seulement après l’explosion de l’affaire des paris truqués, dans laquelle plusieurs joueurs héraultais sont visés.

Car le handball subit le premier grand trouble dans son histoire globalement calme. Et personne ne sait vraiment comment il va l’appréhender. «On peut parler de crise, souffle Etienne Capon. D’autant plus qu’on ne sait pas à quoi s’attendre.» Présent sur tous les fronts médiatiques, le directeur général de la LNH tente d’endiguer la panique naissante. «C’est un mot un peu fort, mais l’image du handball est ternie, bien sûr. Reste à savoir si ça le sera durablement.»

Comme le foot?

Pas impossible. Le succès du handball auprès du public doit autant à la réussite sportive de l’équipe de France qu’à l’image qu’elle renvoie. L'ancien papa des Barjots, Daniel Costantini avoue son inquiétude. «Ça fait désordre par rapport à ce que le handball représente. Comme écrivait Marcel Pagnol dans la bouche de César: "l’honneur c’est comme les allumettes, ça ne marche qu’une fois". Maintenant qu’il y a une entaille dans le contrat… cette ombre n’est pas prête de se dissiper.»

A l’inverse des fameuses valeurs du handball, toujours brandie en opposition à celles du foot. «Ce qui me surprend, c’est que cette affaire tombe à quelques jours du match entre Paris et Montpellier. On est peut-être en train de passer en mode football avec des enjeux financiers très forts», témoigne ainsi un joueur de première division. Paranoïa, soupçons, tricherie, pression médiatique: le handball a perdu sa virginité. «Quand tu communiques en disant qu’on est les Experts, les Immortels, tu n’as pas le droit à l’erreur, poursuit Costantini. Dès que tu déconnes, c’est obligatoirement dramatique et  amplifié, comme les joueurs de foot…»

Cesson perd un contrat

Aussi «bankable» que des stars du gazon, des icônes du handball citées dans cette affaire pourraient amener leur sport avec eux dans leur chute. En cas de condamnation, quid de leurs contrats sponsoring? Quid des diffusions télé? L’entraîneur de Cesson, acteur involontaire de l’affaire, a déjà affirmé avoir perdu un gros contrat d’un partenaire pourtant prêt à s’engager.

«On peut avoir peur pour ce qui a été créé dans les 15, 20 ou 30 dernières années, confirme Etienne Capon. Je pense notamment au club de Montpellier qui a construit quelque chose d’extraordinaire, que ce soit dans les équipes de jeunes, mais aussi dans les actions sociales dans les quartiers.» Avec le recul de celui qui a connu le handball au plus bas, Costantini conclut: «Montpellier n’est pas mort, mais il est gravement malade et aura du mal à s’en remettre. Avec l’impulsion que connaissait le championnat, cela ne profitera à personne. J’espère malgré tout qu’à la première faute depuis toujours on ne va pas le tuer le handball et jeter le bébé avec l’eau du bain.»