Top 14: La mêlée est-elle condamnée à disparaître?

RUGBY A terme, les spécialistes craignent que cette phase de jeu passe un jour à la trappe...

R.S.

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Une mêlée lors de Perpignan - Castres, le 26 août 2011, à Perpignan.
Une mêlée lors de Perpignan - Castres, le 26 août 2011, à Perpignan. — P.Rodriguez/Sipa

Comme lorsqu’il faut déchiffrer une partition de guitare classique, le passage de trois à quatre temps demande un certain temps d’adaptation. Pour les premières lignes du Top 14, il a bien fallu réviser le solfège de la mêlée, cette phase de jeu si complexe, dont les commandements ont encore changé en début de saison. Le passage à trois ordres «prêt, touchez, jeu», censé résoudre les problèmes d’instabilité, a rendu l’exercice encore plus opaque après seulement quatre journées.

Selon un sondage réalisé par le syndicat Provale, 91% des premières lignes jugent «incompréhensible» la façon dont sont arbitrées les mêlées. Pour les hommes au sifflet, la lecture de cette phase de jeu est d’autant plus difficile qu’ils n’ont pas le vécu des hommes encastrés. Pascal Gaüzere, l’un des quatre arbitres professionnels du championnat, n’a pourtant pas hésité à mettre la tête dans le paquet, au début du mois à l’entraînement, avec les joueurs de Bordeaux-Bègles. Une initiative destinée à «répondre aux questions des joueurs», soucieux de comprendre la mécanique arbitrale en cas de mêlée écroulée.

«Des incohérences sur un même match»

David Roumieu, talonneur à Bayonne, confirme que les nouveaux commandements ont été difficiles à intégrer. «Entre le stop et le jeu, le timing change à chaque fois et on doit s’adapter», peste le joueur de l’Aviron. A Perpignan, son homologue Romain Terrain dénonce quant à lui l’incohérence des décisions arbitrales sur un même match. «Entre deux mêlées identiques, ce ne sont pas les mêmes décisions, on n’y comprend plus grand-chose.» A force, les premières lignes ont le sentiment d’être arbitrés à l’aveugle. «Quand le match est un peu serré, c’est un coup à toi, un coup à moi», regrette Roumieu, qui s’interroge sérieusement sur l’avenir de la mêlée.

A terme, cette phase de jeu semble effectivement menacée. Pour le corps arbitral, tout devrait se jouer dans les deux prochaines années. Si les commandements ne sont pas mieux intégrés et que le sentiment d’incompréhension des piliers n’est pas dissipé, il n’est pas exclu de voir au plus haut niveau ce qui se fait dans les catégories inférieures, avec des mêlées simulées et une poussée limitée.

«Dommage de tuer la mêlée»

Evidemment, l’idée de réduire à néant cette phase de lancement de jeu hérisse les joueurs concernés. Roumieu et Terrain ont beaucoup de mal à imaginer une mêlée tronquée, où les joueurs déjà encastrés n’auraient qu’à pousser pour se disputer le ballon. «On entend des choses, mais ce je suis sûr que la situation va s’améliorer, enchaîne Terrain. Les joueurs intégreront mieux les commandements et les arbitres se feront aux spécificités de l’exercice. Ce serait vraiment dommage de tuer la mêlée.» Une chose est sûre, ce jour-là, les deux talonneurs auront déjà rendu leur tablier.