Réforme des retraites : « C’est la galère » avec la pénurie de carburant dans les stations-service de Marseille

REPORTAGE A la station-service de la Pomme, comme dans de nombreuses stations-service de Marseille, les automobilistes doivent attendre une heure et demie sur une file de 400 mètres pour espérer pouvoir faire le plein

Mathilde Ceilles
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A la station-service de la Pomme, les automobilistes patientent une heure et demie pour pouvoir faire le plein
A la station-service de la Pomme, les automobilistes patientent une heure et demie pour pouvoir faire le plein — Mathilde Ceilles / 20 Minutes
  • Dans les Bouches-du-Rhône, une station-service sur deux est touchée par la pénurie de carburant ce lundi midi. Des grèves contre les réformes des retraites bloquent en effet la livraison d’essence ou de carburant.
  • Résultat : dans les stations-service de Marseille, comme à la Pomme, il faut attendre une heure et demie pour faire le plein.
  • Le mouvement est toutefois soutenu par les automobilistes qui encouragent les grévistes à le poursuivre.

A un kilomètre de l’aire de la Pomme, sur l’autoroute A50, un panneau lumineux annonce la couleur. « Uniquement gazole et bioéthanol. » Et pourtant. Quelques mètres plus loin débute ce qui ressemble à s’y méprendre à une véritable ruée vers l’or noir. Une file d’attente de plus de 400 mètres de voitures pare-chocs contre pare-chocs en quête d’un peu de carburant s’étire sur la bande d’arrêt d’urgence, jusqu’à cette station-service du 11e arrondissement de Marseille. Ravitaillée à la mi-journée, elle est l’une des rares à pouvoir fournir les automobilistes dans le secteur. Selon des données publiques analysées par l’AFP ce lundi en milieu de journée, 50 % des stations-service du département sont à court d’essence ou de carburant dans le département des Bouches-du-Rhône.


En cause : les mouvements de grève contre la réforme des retraites qui mettent à l’arrêt les livraisons. Dans un communiqué du 18 mars, la CGT assure que « plus aucun produit pétrolier ne sort depuis le 7 mars » à la raffinerie Esso de Fos-sur-Mer. Dans cette même ville, le dépôt d’entrée portuaire de Fluxel est en grève reconductible, tout comme le plus grand dépôt de chargement de camions-citernes de France, non loin de là. « C’est le moment de faire son plein d’essence », prévenait la semaine dernière le leader de la CGT dans les Bouches-du-Rhône Olivier Mateu sur BFMTV.



Tensions à la pompe

Message reçu du côté de la Pomme… Non sans mal. Dans leur ambulance, Didier et Christine sont à quelques mètres du Graal. « Ça fait une heure et demie qu’on est là, peste Didier. C’est la galère. Il nous reste moins de 150 kilomètres d’autonomie… » « Sachant qu’on fait 500 kilomètres par jour, poursuit Christine. On a été obligé de refuser du travail pour faire le plein. » « Et il n’y a plus rien ailleurs, reprend Didier. On a une carte Total, donc on a fait tous les Total du coin. Dromel, Rabatau… Rien. Tout est fermé… »

Didier s’interrompt soudain, et la tension monte brusquement d’un cran. Un couple dans une voiture bleue tente de doubler l’ambulance. Des noms d’oiseau que la pruderie impose de taire fusent des deux habitacles. Didier colle le véhicule devant lui pour barrer le passage, et la voiture rebrousse finalement chemin, non sans une dernière insulte de la part de la passagère en guise d’adieu. « Elle a déjà essayé tout à l’heure, peste Didier. Je ne comprends pas les gens comme ça ! »

Une grève soutenue par les automobilistes

Derrière l’ambulance, ce n’est pas tant la colère que l’angoisse qui étreint Jean. « Vous savez s’il en reste encore du gazole ? » demande-t-il à travers la vitre. Lui aussi travaille dans le milieu médical. « Le compteur m’affiche zéro depuis tout à l’heure, explique-t-il. Je fais que du point mort. Je me demande comment j’ai pu arriver jusque-là. Je cherche depuis midi. C’est simple : s’il en reste plus, je vais devoir laisser la voiture là. Je suis déjà à la bourre, mais, si ça se trouve, je vais devoir rater le travail. » Jean soupire. « C’est la merde, mais les grévistes ont raison d’emmerder le monde. Il y en marre. Je fais un travail très physique. C’est sûr qu’à 62 ans, je n’y arriverai pas. Alors vous imaginer faire plus ? Comment on va faire ? »

Contrairement au précédent épisode de pénurie qui avait touché les Bouches-du-Rhône en octobre dernier, ce mouvement est largement soutenu par ces automobilistes. Un peu plus loin, au volant de sa dépanneuse, autoradio à plein régime, le jeune Nazir garde le sourire. « J’ai déjà fait quatre stations-service et y’a rien ! C’est chaud ! Vous imaginez la dépanneuse qui tombe en panne ? Ça le fait pas. Mais moi je suis content. Je suis contre cette réforme des retraites. Je viens à peine de commencer à travailler. Et je me demande si je vais avoir le droit à une retraite. C’est ça la question. Donc ils ont raison de faire cette grève. S’ils étaient pas là, on se ferait marcher dessus. » Et la situation ne va pas aller en s’arrangeant. Selon La Provence, les salariés de raffinerie Pétroineos de Lavera, dernière raffinerie en fonction dans le département, ont voté à l'unanimité l'arrêt des unités de production.