Déni de grossesse: une jeune femme poursuivie pour infanticide acquittée

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Thierry Villetard, l'un des suspects du meurtre de Joanna Parrish commis en 1990 dans l'Yonne, a été condamné à vingt ans de réclusion criminelle mercredi par les assises de l'Hérault pour le viol en mars 2010 de sa belle-fille de 14 ans.
Thierry Villetard, l'un des suspects du meurtre de Joanna Parrish commis en 1990 dans l'Yonne, a été condamné à vingt ans de réclusion criminelle mercredi par les assises de l'Hérault pour le viol en mars 2010 de sa belle-fille de 14 ans. — Thomas Coex afp.com

La cour d'assises de la Gironde a acquitté ce vendredi après-midi une femme de 26 ans jugée pour avoir tué son nourrisson, des faits que l'accusée a toujours niés, plaidant le déni de grossesse et affirmant n'avoir que des bribes de souvenirs de son accouchement.

Vendredi, l'avocat général Dominique Hoflack avait requis entre 10 à 12 ans de réclusion criminelle au troisième jour des débats qui ont souvent tourné autour de la question du déni de grossesse. Dans la foulée du verdict, Mme Hoflack a fait part à la défense de son intention de ne pas faire appel, a indiqué à l'AFP Me Servan Kerdoncuff, l'un des avocats d'Aline M. qui comparaissait pour homicide volontaire sur mineur de quinze ans et encourait la réclusion criminelle à perpétuité.

«Forme de catharsis»

«La cour a reconnu le délaissement de mineur mais a estimé qu'il y avait eu abolition du discernement de ma cliente», reconnaissant la réalité du déni de grossesse, a assuré l'avocat. Toutefois, cette interprétation est difficile a vérifier, le verdict n'étant pas motivé.

«Nous sommes très satisfaits par cet acquittement. Cela montre que notre cliente a été entendue», a encore souligné Me Kerdoncuff, se disant «intimement convaincu» que sa cliente «a toujours ignoré sa grossesse» et a donné «inconsciemment naissance à son enfant».

Cet «acquittement lui permet de comprendre qu'elle a été mère un jour (...) Cela veut dire que la cour ne lui reproche pas d'avoir donné naissance à un enfant dont elle ignorait l'existence», a ajouté le conseil, qui avait plaidé l'acquittement. De son côté, l'expert-psychiatre Paul Bonnan avait soutenu jeudi qu'avec le procès, elle est «confrontée à la réalité, c'est une forme de catharsis qui va lui faire du bien et lui permettre d'avancer».

«Ce n'est pas un accouchement»

La jeune femme, actuellement étudiante en secrétariat médical, avait mis au monde en avril 2010, seule dans une chambre à Langon (Gironde), un nourrisson né viable, retrouvé mort dans un bac à linge, vraisemblablement asphyxié faute d'air. Elle a toujours nié sa grossesse, puis l'accouchement, même si la filiation ne fait pas de doute.

Jeudi, le Dr Bonnan et la psychanalyste Sophie Marinopoulos avaient développé deux points de vue différents sur le déni de grossesse. Le premier avait retenu cette notion concernant la jeune femme mais estimait que cet état a pris fin au moment de l'accouchement.

Une théorie contestée par Mme Marinopoulos, psychologue et psychanalyste au CHU de Nantes, entendue comme témoin, qui a soutenu que «la situation de déni se poursuit» après l'accouchement car pour les femmes victimes de ce type de déni, «ce n'est pas un accouchement».