«La vie chère» en Outre-mer: «On ne devrait manger que des bananes c'est ça?»

TÉMOIGNAGES es internautes de «20 Minutes» installés en Martinique, Guadeloupe, La Réunion, la Polynésie française, la Nouvelle-Calédonie, nous racontent le quotidien d’une «vie chère» en Outre-mer...

Témoignages édités par Christine Laemmel

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 Emmanuella Dintimille, commerçante en fruits et légumes à Fort-de-France, en Martinique, le 4 février 2012.
 Emmanuella Dintimille, commerçante en fruits et légumes à Fort-de-France, en Martinique, le 4 février 2012. — A.-L. Béraud / 20Minutes

Mercredi à la sortie du conseil des ministres, Victorin Lurel, ministre des Outre-mer, avait la mine satisfaite. Vantant un projet de loi digne d’une «révolution comportementale» et «conceptuelle». C’est au moins ce qu’il va falloir pour apaiser les difficultés économiques des départements et collectivités françaises d’Outre-mer. Chômage à 30% et prix en moyenne 10% plus chers (mais bien plus élevés selon les produits) compliquent le quotidien des consommateurs non-métropolitains.

La rédaction de 20 Minutes a souhaité en savoir plus. La «vie chère» en Outremer ça ressemble à quoi? A qui la faute? Des internautes de 20 Minutes habitant dans les Antilles françaises, en Guyane, à La Réunion, en Polynésie, en Nouvelle-Calédonie, nous ont répondu.

«Des yaourts à huit euros»

Selon une étude de l’INSEE de 2010, les plus grands écarts de prix entre Outre-mer et métropole s’observent pour les produits alimentaires. De 20% plus chers en Guadeloupe à près de 40% plus chers en Guyane. Frédéric vit en Guyane depuis 2011. Dans les grandes enseignes, la nourriture est selon lui «jusqu’à 100% plus chère. Une boîte de 10 steaks hachés surgelés coûte en métropole environ cinq euros. Ici, elle coûte 11 euros.» raconte cet expatrié. Même constat pour Bruno, fraîchement revenu de six ans en Martinique. «Les 10 à 20% de différence annoncés» dans les médias sont selon lui «utopiques». Ces chiffres cachent en fait de grosses disparités.

Le fromage, le lait, les yaourts sont souvent deux fois plus chers qu’en métropole. Dydysgla, Guadeloupéenne de 23 ans, cite des yaourts à sept euros pour l’équivalent à deux euros en métropole. Melyssa, sur la page Facebook de 20 Minutes en a repéré à huit euros en Martinique. Katty, en Guadeloupe, évoque un pack de six briques de lait à presque 15 euros. «Autour de Pointe-à-Pitre, les prix sont exorbitants mais «supportables», explique cette maman. Par contre, dans les petits villages les enseignes connues abusent vraiment.» Sept euros la barquette de fraises, quatre euros le kilo de courgettes. En Polynésie française, le kilo de tomate dépasse les cinq euros, selon Fred, habitant de Pirae, proche de Papeete.

«Aujourd’hui, presque tout est importé»

Principale cause du niveau des prix, citée par les internautes, l’importation «Pourtant les légumes n'ont pas besoin de serres pour pousser!» s’insurge Neilia, résidente de Fort-De-France. Selon Badoude, en Guadeloupe, la population a complètement «délaissé l’agriculture». «Avant, on faisait de l’élevage, on produisait du lait raconte-t-il. Aujourd’hui, tout nous vient de l 'île de la Dominique.» Un paradoxe qui se fait moins sentir si, selon Klobs, on ne cherche pas forcément à manger «comme en métropole». Murielle sur notre page Facebook, ne partage pas cet argument. «On ne devrait manger que des bananes c’est ça? A Paris, vous mangez des sardines fraîches et pourtant vous n'en pêchez pas, rétorque-t-elle. «Même en achetant local, les coûts sont élevés. Les unités de production produisent en moins grosses quantités qu'en France, le marché est plus restreint donc les prix forts compensent».

Comme rempart à l’importation massive, l’Etat a imaginé en 1670 la taxe de l’octroi de mer. Depuis 1992, cette taxe est appliquée aux Antilles, à La Réunion et en Guyane, sur les produits importés comme sur les productions locales. Pour l’internaute Logique, qui la trouve «archaïque et injuste», sa suppression est indispensable. Ressource fiscale importante pour ces départements, elle est vivement critiquée, davantage perçue comme un «racket» par les locaux.

«En Nouvelle-Calédonie, il n’y a qu’un seul opérateur téléphonique»

Autre coupable visé, les situations de monopole que les internautes citent dans quasiment tous les DOM-COM. Une concurrence absente en Guadeloupe, qui «incite les plus gros acteurs économiques à fixer impunément leurs prix» selon Dydygsla. Badoude confirme. «Deux enseignes identiques à 15 minutes de distance, pour quoi faire?» En Nouvelle-Calédonie, un seul opérateur est présent sur le marché de la téléphonie mobile. «Inutile de vous dire qu’il n’y va pas de main morte au niveau des tarifs» s’agace Jackie.

«Un décalage technologique, informatif» relevé par Younous sur notre page Facebook, qui pousse parfois les ultramarins à essayer «d’imiter bêtement les métropolitains». A un internaute qui note la richesse du parc automobile guadeloupéen et les gadgets électroniques, malgré la pauvreté ambiante, Younes répond: «Ses gadgets font qu'on se sent moins isolés du monde moderne et de la métropole. Et dans une île où l’on tourne en rond, nous n'avons que ça pour nous divertir, on essaye bêtement de vous imiter tout simplement (…) C'est la galère, moi je suis content de m'être barré.»