Tuerie de Haute-Savoie: Pourquoi la fillette de 4 ans a-t-elle été découverte si tard?

FAITS DIVERS Les enquêteurs l'ont retrouvée huit heures après leur arrivée sur la scène de crime...

Corentin Chauvel avec agences
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La police scientifique a retrouvé une fillette de 4 ans, sauve, dans la nuit du 5 au 6 septembre près de Chevaline, sur les hauteurs du Lac d'Annecy.
La police scientifique a retrouvé une fillette de 4 ans, sauve, dans la nuit du 5 au 6 septembre près de Chevaline, sur les hauteurs du Lac d'Annecy. — C.VILLEMAIN/20MINUTES

Une découverte inespérée. Une fillette de 4 ans a été retrouvée saine et sauve dans la nuit de mercredi à jeudi dans la voiture où trois corps avaient été retrouvés la veille à Chevaline, sur les hauteurs du lac d'Annecy (Haute-Savoie), a indiqué le procureur de la République d’Annecy, Eric Maillaud.

La découverte a eu lieu tardivement car les enquêteurs ne voulaient pas compromettre la scène de crime dans l’attente des techniciens de l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (l'IRCGN), venus de Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Ceux-ci sont systématiquement appelés dans les grosses affaires criminelles.

«On avait pour consigne de ne pas entrer dans le véhicule»

«On avait pour consigne de ne pas entrer dans le véhicule pour ne pas modifier le positionnement des corps», a expliqué à l'AFP le lieutenant-colonel Benoît Vinnemann, qui commande la section de recherches de la gendarmerie de Chambéry. «C’est une nécessité sur une scène de crime d’éviter toute pollution pour pouvoir recueillir un maximum d’indices», a ajouté Eric Maillaud sur France Info.

Les gendarmes savoyards ne pouvaient notamment pas ouvrir les portes de la voiture de crainte d'en briser les vitres fissurées par l'impact des balles et de compromettre ainsi l'enquête balistique. Les techniciens de l'IRCGN avaient pour mission de calculer toutes les trajectoires des balles afin d'effectuer une modélisation en 3D de la scène du crime.

Huit heures sans se faire remarquer

«Les pompiers, les techniciens, les médecins ont regardé dans la voiture par des trous à travers les vitres mais ils n'ont pas vu la petite», a expliqué le lieutenant-colonel Vinnemann. Un hélicoptère équipé d'une caméra thermique avait survolé la zone «pour voir s'il y avait d'autres corps mais la fillette n'a pas été vue car elle formait une masse avec sa mère», a-t-il ajouté.

Les experts de la gendarmerie scientifique ont ainsi trouvé la petite fille couchée sur le plancher arrière du véhicule, sous les jambes des deux femmes tuées par balles, probablement sa mère et sa grand-mère. Prostrée et indemne, la fillette de quatre ans est restée pendant huit heures sans se faire remarquer. «Elle s'est mise à sourire et à parler anglais lorsqu'une gendarme de la brigade de recherche de Chambéry l'a prise dans ses bras et l'a sortie du véhicule», a déclaré le procureur. La fillette, qui ne parle qu'anglais, a été ensuite transportée à l'hôpital de Grenoble et placée sous protection policière.

Critique du syndicat Synergie Officiers

Le syndicat de police a critiqué ce jeudi le délai de huit heures pris par l'IRCGN avant d'arriver sur place. Pour Synergie Officiers, la scène de crime aurait pu être examinée beaucoup plus vite si les gendarmes avaient fait appel aux techniciens de l’Institut national de police scientifique d'Ecully (Rhône), situé beaucoup plus près.

«Ce délai exorbitant aurait pu avoir des conséquences tragiques», indique le communiqué du syndicat qui «rappelle qu’en 2009, après que la gendarmerie a intégré le ministère de l’Intérieur, sa haute hiérarchie s’est arc-boutée pour refuser catégoriquement la mutualisation des moyens d’investigations scientifiques avec ceux de la police nationale.»