Trafic de drogue: «Le problème dans ces villes, c'est d'abord la misère»

CRIMINALITE Le sociologue Michel Kokoreff analyse les dessous du trafic en France, alors qu'un comité interministériel se réunit ce jeudi...

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Michel Kokoreff, sociologue, auteur de La drogue est-elle un problème? (éd. Payot).

A combien évalue-t-on l'économie souterraine de la drogue?

Il n'existe pas de chiffres officiels. Mais des estimations faites par des économistes évaluent le trafic de cannabis à 1 milliard d'euros chaque année, pour un volume de 186 à 208 tonnes vendues. Ces chiffres sont intéressants car on estime que les saisies des douanes et de la police ne représentent que 10% du volume total estimé.

Qui s'enrichit?

Il faut relativiser l'idée que l'argent de la drogue fait vivre des familles entières. La majorité des dealers de rue ne s'enrichit pas. Les trafics leur confèrent cependant un rôle social. Un jeune m'a déjà dit: «Quand on vend, on est quelqu'un.» Outre l'appât du gain, il y a cette dimension de reconnaissance.

Les trafics de stupéfiants sont-ils le premier problème des quartiers?

Je ne veux pas sous-estimer l'impact de la drogue sur la vie des cités. Clairement, c'est un problème. Mais ce n'est pas nouveau. Les trafics ont commencé à s'installer durablement dans les quartiers à partir des années 1980. Le problème numéro un, c'est la misère, le chômage, la pauvreté. Il y a un très fort sentiment d'exaspération.

Où l'argent de la drogue va-t-il?

On sait peu de choses sur la circulation de cet argent. Il y a très peu de retombées financières sur les quartiers, au mieux une cafétéria ou un kebab. Seuls les semi-grossistes investissent ailleurs, dans l'immobilier ou à l'étranger.