Un plaidoyer pour les lycées mal notés

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Gaëlle Guernalec-Levy.
Gaëlle Guernalec-Levy. — A. GELEBART / 20 MINUTES

   On les surnomme les « lycées poubelles ». Ils ont des taux de réussite au bac plus faibles que la moyenne nationale, accueillent des multi-redoublants refoulés par d'autres lycées et sont mal notés dans les palmarès. Une mauvaise réputation qui incite les parents à opter pour la stratégie du sauve-qui-peut lorsque leurs enfants y sont affectés. Gaëlle Guernalec-Levy a fait partie de cette cohorte et le raconte dans Jamais dans ce lycée*, qui vient de paraître. 

 Défaire les a priori
« Lorsque ma belle-fille a été affectée au lycée Bergson situé dans le 19e arrondissement de Paris, j'ai refusé qu'elle y soit scolarisée et je l'ai inscrite dans le privé », avoue-t-elle. La journaliste revient sur le malaise qui l'a saisie ensuite. « J'ai eu le sentiment d'avoir eu un sentiment irrationnel et d'avoir participé à un mouvement global de dénigrement vis-à-vis de ce lycée que je ne connaissais pas. »
  Pour satisfaire sa curiosité et lutter contre ses a priori, elle est partie à la rencontre des enseignants de Bergson, de ses actuels et anciens élèves. Une enquête passionnante au bout de laquelle son auteur comprend que Bergson ne mérite pas sa piètre réputation. « Bien qu'accueillant des élèves au parcours scolaire souvent chaotique, le lycée obtient des résultats honorables et compte beaucoup d'excellents enseignants. » Mieux : certains élèves qui échouaient ailleurs finissent par progresser à Bergson, car les enseignants leur redonnent confiance en eux, leur proposent des cours de soutien, ont mis en place des classes de seconde à projets… Et ceux qui avaient de bons résultats au collège ne voient pas leur réussite obérée par leur passage dans ce lycée.
  Un ouvrage qui pousse son lecteur à s'interroger sur l'hyperconcurrence scolaire, vecteur de bien des ségrégations : « On a admis l'idée qu'il y ait des établissements pour les bons élèves et d'autres pour les mauvais. Cela met à mal l'idéal républicain », souligne la journaliste. « A quoi ça sert de vouloir garantir le meilleur à son enfant en l'inscrivant dans un lycée élitiste, si c'est pour le voir grandir dans un univers de plus en plus inégalitaire ? », s'interroge-t-elle. Pour instaurer une réelle égalité des chances entre lycéens, elle suggère un système d'affectation aléatoire des élèves, qui ne tiendrait pas compte du niveau scolaire de l'enfant, mais simplement des lignes de métro desservant son domicile. Une manière audacieuse de rebattre les cartes « qui a pourtant peu de chances de voir le jour », conclut la journaliste.Delphine bancaud