A quoi pourraient ressembler les cours de morale laïque?

ÉDUCATION incent Peillon a annoncé leur arrivée dès la rentrée 2013...

Nicolas Bégasse
— 
Vincent Peillon à Aubevoye (Eure) le 4 septembre 2012.
Vincent Peillon à Aubevoye (Eure) le 4 septembre 2012. — TAVERNIER-POOL/SIPA

A la rentrée prochaine, les élèves du primaire au lycée devraient découvrir une nouvelle matière sur leurs emplois du temps: la morale laïque. C’est en tout cas la volonté qu’a affichée le ministre de l’Education nationale Vincent Peillon dans une interview au Journal du dimanche. Quels sont les objectifs de ces cours et, concrètement, à quoi pourraient-ils ressembler? 20 Minutes fait le point.

Sur la forme

Même si ces cours de morale laïque ne sont encore qu'un projet, on dispose d’une ou deux certitudes et de quelques indices sur la forme qu’ils adopteront. Du côté des certitudes, on sait qu’ils devraient concerner tous les élèves de l’école primaire au lycée, qu’il s’agira d’un enseignement obligatoire et qu’il sera l’objet d’une évaluation – contrairement aux enseignements civiques déjà existants. Côté indice, on peut se référer à l’exemple de nos voisins belges: les enseignements dits «philosophiques» [pdf] y sont obligatoires pendant toute la scolarité, mais laissent le choix entre «morale non-confessionnelle» ou catéchismes de telle ou telle religion, et sont inculqués par des professeurs dédiés. Il y aura cependant une différence majeure avec la Belgique: dans les classes de morale laïque française, on chantera la Marseillaise –ou, en tout cas, on apprendra les paroles, a indiqué Vincent Peillon dans le JDD.

Sur le fond

Pourquoi vouloir changer ce qui existe déjà? L’instruction civique au primaire, l’éducation civique au collège et l’éducation civique, juridique et sociale au lycée inculquent déjà aux élèves les valeurs et le fonctionnement de la République. Réponse du cabinet du ministre, citée dans La Croix: «Ces trois dénominations différentes prouvent le manque de cohérence qui caractérise cet apprentissage.» On change, donc, pour une matière unique qui «ait une cohérence depuis le primaire jusqu'à la terminale» et dont le but serait de «permettre à chaque élève de s’émanciper. (…)Pour donner la liberté du choix, il faut être capable d'arracher l'élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel, pour après faire un choix», explique Vincent Peillon.

Mais s’il tient à ces cours de morale laïque, c’est que l’agrégé de philosophie qu’est Vincent Peillon est sensible à ce sujet. «Il pense que la République a besoin d’une mystique laïque», a estimé lundi sur Canal+ Alexandre Lacroix, rédacteur en chef de Philosophie Magazine. Le professeur d’histoire de l’éducation Claude Lelièvre écrit sur Mediapart qu’avec cette idée de cours de morale laïque, Peillon s’inspire de la pensée de Ferdinand Buisson, auteur de La foi laïque, auquel il a consacré un ouvrage intitulé Une religion pour la République. Le premier parlait de «force intérieure» devant naître de «l’éducation morale». Le second, dans son interview au JDD, de «laïcité intérieure».

Dans les faits

Mais Vincent Peillon ne compte pas juger seul  du contenu des cours de la future matière. Très concrètement, une «mission de réflexion» -dont les membres ne sont pas encore connus- devrait bientôt être mise en place par le ministre. Elle prendra «trois, quatre, cinq mois», pour «déboucher sur une refonte des programmes». Et puis rappelons que l’idée de cours de morale n’est pas nouvelle: à la rentrée 2011, Luc Chatel avait publié une circulaire instaurant dans le premier degré des… «cours de morale». Une circulaire peu ou pas appliquée par les professeurs, peu enclins à s’aventurer sur le terrain de la morale face à leurs élèves.