Emplois d'avenir: «Avec mon étiquette emploi jeune, je n'évolue pas dans l'entreprise»

TÉMOIGNAGES es internautes de «20 Minutes» nous font partager leurs expériences d’emploi jeune...

Témoignages édités par Christine Laemmel

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Un forum pour la recherche d'emploi
Un forum pour la recherche d'emploi — FRANCES M. ROBERTS/NEWSCOM/SIPA

Les emplois d’avenir seront mis en place au plus tard le 1er janvier 2012, selon l’annonce du gouvernement ce mercredi. Quinze ans plus tard, les emplois jeunes de Lionel Jospin retrouvent une seconde jeunesse avec le gouvernement Ayrault. Que peuvent attendre les 16-25 ans de ces nouveaux contrats aidés? Nous avons demandé aux anciens bénéficiaires des emplois jeunes de revenir en arrière, et de nous raconter leurs années de contrats aidés. Les internautes de 20 Minutes, décrivent un tremplin, utile, si ce n’est pour la carrière, au moins pour le moral.

 >> Vous avez bénéficié des emplois jeunes? Continuez à nous envoyer vos témoignages en nous écrivant à reporter-mobile@20minutes.fr

Gaelle: «A la SNCF, les emplois jeunes étaient considérés comme des délinquants»

«Je suis entrée emploi-jeune à la SNCF en septembre 2000. Seule avec un enfant à charge, j'ai pris ce qui venait. J'avais un baccalauréat en poche et plein de bonne volonté. Je n'ai pas regretté ces années où j'ai effectué les tâches les plus ingrates... J'en ai de très bons souvenirs. Maintenant, cela fait 12 ans que je suis embauchée à la SNCF (après avoir passé un constat), je n'ai que des éloges de la part de mes dirigeants, mais avec mon étiquette "emploi jeune", je n'évolue pas dans l'entreprise... Je ne suis pas la seule dans ce cas, nous sommes nombreux et pour la plupart démotivés. Nous avons fait un constat, les emplois jeunes étaient (et le sont toujours) considérés comme des délinquants, des repris de justice. J'ai toujours été mise à l'écart. A ce jour, je me demande si je referai ce choix ou même si je le conseillerai à mes enfants. La réponse est non, car je pense que je n'ai pas été jugée et traitée à ma juste valeur.»

 Pierre: «Les employeurs ont commencé à s'intéresser à moi» 

«En 1998, après mes études de communication, après six mois de petits boulots et du manque de cette expérience que chaque recruteur recherche, la Ville de Lorient m'a proposé de devenir webmaster et de créer son site intranet. Nous étions dans les débuts du Net en France et ces nouveaux emplois n'existaient pas encore dans la fonction publique territoriale. Rapidement, on m'a confié de nouvelles missions, comme le développement du site internet, l'animation du réseau de correspondants, etc. Des missions aujourd'hui menées par des cadres. J'avais de la chance. Beaucoup de mes collègues emplois-jeunes de l'époque occupaient des emplois pas toujours valorisants. Je pense à une amie bossant à la Poste, orientant uniquement le public sans avoir le droit de traiter leurs demandes... Cette première expérience m'a permis d'aborder différemment les employeurs, qui ont commencé à s'intéresser à moi. J'ai finalement décroché le concours, intégré la fonction publique territoriale et pérennisé mes fonctions. Depuis, j'ai grimpé, changé d'employeurs plusieurs fois, accumulé l'expérience. Du petit emploi-jeune, je suis devenu à 34 ans, responsable de la communication dans une ville du 93. L'emploi-jeune a été un beau tremplin.» 

Fabrice: «L’association qui m’a m'embauché n’aurait jamais pu le faire sans ce dispositif»

«En 1999, alors que j'étais à la recherche d'un emploi depuis un an, j'ai intégré en tant que salarié une association qui n'aurait pas pu m'embaucher sans ce dispositif. Ce fut une expérience très riche, qui correspondait parfaitement à mes aspirations. J'y suis resté deux ans et ai quitté ce poste (volontairement, avant la fin du contrat dont la durée était de 5 ans) pour un cdi dans une autre association, en tant que cadre. Poste que je n'aurais absolument pas pu décrocher sans cette première expérience. Je travaille aujourd'hui dans une collectivité territoriale. Je n'ai jamais connu de période d'inactivité depuis cet emploi jeune en 1999. En conclusion, cet emploi jeune a été absolument déterminant dans mon parcours professionnel. Bien sûr, au regard de mon parcours, je suis enclin à penser que ces contrats d'avenir pourront aider efficacement des jeunes "à mettre un pied" dans le monde professionnel. Cependant, ce contrat s'adressant en priorité aux non diplômés, ce qui n'était pas mon cas en 1999, le volet formation me semble dans ce contexte très important pour la réussite des contrats d'avenir.»

Elodie: «Comme une reprise en main de trois ans»

«Pour mon cas, cela a été comme une reprise en main, mais j'étais très bien entourée. Emploi jeune dans le domaine associatif pendant trois ans, j'ai repris une formation en parallèle au bout de deux ans de contrat. Attention, j'étais motivée, quatre jours de travail et deux jours de formation par semaine, avec de nombreux déplacements et un rythme d'enfer à tenir pendant un an. Résultat : je suis sortie avec une licence pro en poche et j'ai quitté mon emploi jeune pour aller travailler dans une start-up à Paris. Merci à mes employeurs de l'époque qui m'ont boosté, boosté et re-boosté.»

Christelle: «Une expérience de six ans mais aucun diplôme»

«J’ai bénéficié du système emploi jeune entre 2000 et 2006.  J’ai passé un an dans un collège de 2000 à 2001 comme aide éducatrice multimédia sur Nancy. J’ai été aide éducatrice dans un lycée dans le domaine de la maintenance informatique et réseau pendant cinq ans. J’ai pu bénéficier avec beaucoup de mal d’une formation GRETA de trois mois de technicienne réseau informatique en sachant que je devais faire mon stage sur mon lieu de travail (impossible pour le lycée de rester trois mois sans une maintenance informatique). Je n’ai pas pu la transformer en diplôme BTS car il fallait repasser un examen et payer pour pouvoir le faire,  ce que mon employeur a refusé. A la fin de mon contrat, le rectorat a ouvert des postes de techniciens informatique mais il fallait que 50 % du salaire soit pris en charge par le lycée et mon chef d’établissement n’a pas voulu, préférant employer un assistant d’éducation. Je suis sorti de là sans diplôme de plus, avec une expérience de six ans mais qui n’a aucune valeur sur le marché du travail. De plus lorsque je me présentais au pôle emploi avec l’étiquette “emploi jeune“ je sentais très bien l’étiquette “boulet” pour eux.  Depuis je me suis consacrée à ma vie de famille et d’ici quelques jours, il faudra que j’aille rechercher un travail avec mon étiquette emploi jeune malgré mes 35 ans.»

Annie: «Grâce à ces cinq ans, je suis directrice adjointe du service jeunesse de la mairie»

«J’ai été recrutée comme emploi jeune dans une école primaire. Je m occupais de la bibliothèque, du soutien scolaire, d’encadrement lors des sorties ou des voyages scolaires. Étant sportive, j’aidais également les maitresses dans les séances de sport. Ces cinq ans ont été un vrai tremplin pour moi, l’occasion de me faire une bonne expérience auprès des enfants. A l’issue de ce contrat, une place d’animatrice dans un service jeunesse de ma ville s’est libérée. Avec l’appui de ma directrice, j’ai été embauchée par la mairie. J’ai passée tous les diplômes d’animation nécessaires et maintenant je suis directrice adjointe.»