Une réalisatrice se filme en caméra cachée pour dénoncer le harcèlement des femmes dans la rue

Annabelle Laurent

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«Femme de la rue»  de Sofie Peeters dénonce le harcèlement dont sont victimes les femmes dans les rues de Bruxelles.
«Femme de la rue»  de Sofie Peeters dénonce le harcèlement dont sont victimes les femmes dans les rues de Bruxelles. — Capture d'écran de la RTBF

«Vous êtes belle Mademoiselle»,  «T’as un beau cul» ou encore «Chienne!»… Ces commentaires, Sofie Peeters, une étudiante flamande en cinéma, a commencé à les entendre quotidiennement quand elle a déménagé à Bruxelles il y a deux ans. «Je crois que la première question qu’une  fille se pose, c’est: est-ce que c’est moi? Mes vêtements?» explique la jeune femme à la RTBF.

Caméra cachée

Sofie Peeters décide de faire du sujet son film de fin d’études, en interrogeant d’autres femmes de son entourage, et en ayant recours à un dispositif toujours efficace: la caméra cachée. Le film la montre ainsi en train de marcher dans les rues de la capitale belge, et laisse au spectateur le loisir d’entendre les multiples remarques ou insultes dont elle est l’objet. Son but: lever le tabou sur le harcèlement que subissent les femmes au quotidien.

Dans le premier témoignage, une amie lui explique, sans visiblement remarquer à quel point c’est anormal, qu’elle ne regarde aucun homme dans les yeux, évite de mettre des jupes, et emprunte des itinéraires bien précis pour éviter le plus possible les commentaires sur son passage.

Les insultes bientôt pénalisées

Présenté jeudi au cinéma bruxellois Galeries et sur la chaîne flamande Canvas (disponible intégralement en ligne en flamand, anglais et français), «Femme de la rue» n’est pas passé inaperçu. Philippe Close, échevin à la commune de Bruxelles, explique à la RTBF que ces insultes devraient être bientôt sanctionnées par des amendes administratives. La commune a signé une convention avec le parquet pour que cela soit effectif dès le 1er septembre.

Le film ne fait cependant pas l’unanimité. Une blogueuse juge notamment le processus de caméra caché «aussi racoleur que malhonnête (puisqu’apparemment tourné dans un seul et même quartier de Bruxelles)».

«Je ne le dis pas volontiers, mais il s'agit de personnes allochtones [Note de 7sur7: comprenez d'origine maghrébine] dans 95% des cas», a déclaré la réalisatrice à 7sur7 en ajoutant: «Non, personne ne m'a jamais taxé de racisme. Car mon constat porte plus sur la condition sociale des individus que sur leur origine ethnique: s'il y a une forte proportion d'étrangers parmi les garçons qui me font des remarques, c'est parce qu'il y a aussi une forte proportion d'étrangers parmi les populations fragilisées.»