Femen: Que pensent les féministes françaises des militantes ukrainiennes à seins nus?

FÉMINISME 20 Minutes» a posé la question à plusieurs associations luttant pour le droit des femmes...

Nicolas Bégasse
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Arrestation d'une manifestante du Femen, à Davos (Suisse), le 28 janvier 2012.
Arrestation d'une manifestante du Femen, à Davos (Suisse), le 28 janvier 2012. — Laurent Gillieron/AP/SIPA

Reçues dans les locaux parisiens de 20 Minutes ce dimanche pour raconter leur combat, les Ukrainiennes du Femen ont annoncé leur intention d’ouvrir un «camp d’entraînement» en France, à l’usage des féministes du monde entier. Que pensent les défenseuses françaises des droits des femmes de l’engagement «seins nus» de ces militantes? 20 Minutes a interrogé plusieurs d’entre elles.

Sur le fond: Un combat commun

Remarquées récemment pour leur lutte contre la prostitution à l’occasion de l’Euro de football, les militantes Femen ont plusieurs combats et un mot d’ordre: à bas le patriarcat. «Ce qui nous intéresse chez elles avant tout, c’est le fond, souligne Magali de Haas, porte-parole d’Osez le féminisme. Le message qu’elles veulent diffuser est profondément féministe, dans la lignée de ce que nous défendons.» La présidente de Ni pute ni soumise Asma Guenifi estime être «complètement d’accord» sur le fond de leur combat, «contre la prostitution, la pauvreté…» Là où ça coince, c’est quand les Ukrainiennes estiment que «le féminisme classique est mort». «Je ne suis pas d’accord quand elles parlent des féministes "traditionnelles" qui parlent entre elles en restant passives», fait remarquer Françoise Brié, vice-présidente de la Fédération nationale solidarité femmes. «Ce féminisme classique, c’est aussi beaucoup d’actions dans les quartiers, sur le terrain, pour revaloriser l’image de la femme.»

Sur la forme: Extrême, mais pas choquant

Montrer ses seins pour se faire entendre: un mode opératoire original adopté par Femen depuis quelques années. Critiquable? «Leurs opérations coup-de-poing, ce n’est pas quelque chose qu’ on a l’habitude de voir en France», avoue Asma Guenifi. «C’est une autre façon de faire, mais toutes les formes d’action sont bonnes à prendre». Pour François Brié, «c’est un moyen de manifester courageux, vu les poursuites en justice que ça leur rapporte. En tout cas ça ne me choque pas du tout.» Chez Osez le féminisme, on est d’accord sur le fait que «tout est bon à prendre, surtout qu’elles ont rencontré une forme d’adhésion et ont fait beaucoup parler d’elles: vraisemblablement c’est efficace!» Mais Magali de Haas nuance: «Comme elles le disent elles-mêmes, c’est dommage d’en arriver au point de devoir montrer ses seins pour se faire entendre. De plus, une chose m’a étonnée, c’est qu’elles veulent faire de belles images, en rentrant dans les standards de la beauté… Ce n’est pas assez subversif, ça ne retourne pas les clichés sur ce qui est beau chez une femme.»

Sur l’efficacité du message: L’importance des médias

N’y a-t-il pas un risque de brouiller le message envoyé, en incitant le citoyen à s’arrêter à une paire de seins dénudés? «Le but ce n’est pas de montrer le corps, derrière ce corps il y a un message politique. Et pour moi, le message passe très bien», rassure Asma Guenifi. Prudente, Françoise Brié reconnaît que le message doit être bien traité pour mieux passer: «Il faut qu’elles puissent expliquer leur action, et c’est le rôle des médias d’expliquer ce message.»

Sur leur présence en France: Bienvenue!

Les Femen s’invitent en France avec comme projet de former les militantes de demain. Et l’accueil est plutôt bon: «Des liens vont se créer avec des associations féministes françaises, il y a d’ailleurs déjà eu des contacts, et je suis ravie qu’elles viennent en France», indique Magali de Haas. «S’il y a bien un endroit où il ne doit pas y avoir de concurrence, c’est le féminisme. On n’est jamais trop nombreuses pour faire avancer la cause des femmes.» Osez le féminisme compte d’ailleurs répondre à l’invitation de Femen France, qui organise une soirée samedi prochain à Paris.