Un tiers des Français ont connu la pauvreté

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   Un constat accablant. Selon une étude de l'Insee rendue publique ce mercredi, plus d'un Français sur trois a connu un épisode de pauvreté d'au moins une année entre 2004 et 2008 (soit 16 millions de personnes âgées de plus de 16 ans). Une précarité qui revêt différents visages, car l'Insee distingue la pauvreté monétaire (à savoir les personnes qui vivent avec moins de 949 € par mois), qui touche 13 % des Français, de la pauvreté en termes de conditions de vie (caractérisée par des privations matérielles importantes), qui affecte 11 % des Français.
  Mais seulement 12 % des Français cumulent les deux formes de pauvreté. Une situation qu'explique Nathalie Missègue, chargée d'études à l'Insee : « Certains jeunes cadres peuvent avoir des revenus corrects, mais de lourdes dépenses immobilières, qui les obligent à des privations.
  A contrario, une personne âgée peut avoir de faibles revenus, mais ne souffrir d'aucune privation car elle a de faibles besoins de consommation. »
  Autre tendance observée par l'Insee : la pauvreté est plus souvent transitoire que durable. Car seulement une personne sur cinq la subit de manière persistante, c'est à dire au moins quatre ou cinq ans (soit 3 millions de personnes). « Dans 41 % des cas, les personnes la vivent de manière transitoire, souvent parce qu'ils ont perdu leur emploi », note Nathalie Missègue.
  Et plus la pauvreté dure, plus le risque de cumuler les deux formes de précarité augmente, souligne l'Insee. Sans surprise, la sortie précoce du système scolaire et une séparation figurent parmi les facteurs de risque de pauvreté les plus élevés.
  A contrario, le fait d'être propriétaire, de posséder une épargne liquide et d'être en couple joue le rôle de remparts contre la précarité. L'Insee observe aussi que la pauvreté en termes de conditions de vie affecte davantage les familles monoparentales et les couples avec trois enfants ou plus. Les personnes connaissant des situations familiales instables sont aussi plus sujettes à la précarité. Des données qui évoluent peu avec le temps.
  Delphine Bancaud