Electricité: L'ouverture du marché français à la concurrence a fait un flop

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Des consommateurs pas ou mal informés, des fournisseurs alternatifs qui peinent à percer, et une précarité montante: cinq ans après le "big bang" des marchés de l'énergie, l'ouverture totale à la concurrence est loin d'avoir tenu ses promesses.
Des consommateurs pas ou mal informés, des fournisseurs alternatifs qui peinent à percer, et une précarité montante: cinq ans après le "big bang" des marchés de l'énergie, l'ouverture totale à la concurrence est loin d'avoir tenu ses promesses. — Philippe Huguen afp.com

Des consommateurs pas ou mal informés, des fournisseurs alternatifs qui peinent à percer, et une précarité montante: cinq ans après le «big bang» des marchés de l'énergie, l'ouverture totale à la concurrence est loin d'avoir tenu ses promesses. Le 1er juillet 2007, EDF et Gaz de France (devenu l'année suivante GDF Suez) perdaient leurs monopoles sur la fourniture d'électricité et de gaz naturel aux particuliers.

Plus de 90% des personnes sont toujours chez le même opérateur

Après l'ouverture progressive sept ans plus tôt pour les professionnels, les ménages pouvaient à leur tour souscrire à des offres de marché (à prix libres) auprès de fournisseurs alternatifs comme Poweo, Altergaz ou Direct Energie. Mais cinq ans plus tard, le bilan n'est guère brillant, déplore Thierry Saniez, délégué général de l'association de consommateurs CLCV. «Aujourd'hui on constate que plus de 90% des personnes sont toujours chez le même opérateur, et surtout, il y a une méconnaissance totale sur qui fait quoi dans l'énergie. Une grande partie de la population ne connaît même pas la possibilité de changer de fournisseur», regrette-t-il.

Le dernier baromètre annuel d'Energie-Info (www.energie-info.fr) est accablant: 42% seulement des foyers «savent qu'ils ont le droit de choisir leur fournisseur d'électricité et 37% leur fournisseur de gaz naturel»; seuls 30% savent qu'EDF et GDF Suez sont concurrents et seuls un tiers connaissent les tarifs réglementés, toujours encadrés par l'Etat et proposés uniquement par les fournisseurs historiques. Conséquence de cette méconnaissance, bien peu ont osé franchir le Rubicon de la concurrence et EDF et GDF captent toujours plus de 90% de la clientèle des particuliers. «Il y a une très faible capacité concurrentielle pour les opérateurs, car une grande partie du prix de l'énergie est due à des données structurelles ainsi que des taxes et des contributions», avance Thierry Saniez. «Pour produire de l'énergie de manière compétitive, il faut un outil industriel très lourd, on ne s'improvise pas acteur de l'électricité», souligne-t-il.

Des factures qui grimpent

Il y a quelques mois, l'Autorité de la concurrence avait même prévenu que «certains fournisseurs alternatifs sont actuellement en train de réduire leur activité et envisagent un retrait total du marché français, ce qui traduit un constat d'échec de l'ouverture du marché français de l'électricité». Un pessimisme contesté par Xavier Caïtucoli, le PDG de Direct Energie, qui s'apprête à fusionner avec Poweo. En s'unissant, les deux groupes vont former «une alternative crédible aux monopoles historiques», regroupant un million de clients et pesant un milliard d'euros de chiffre d'affaires, défend-il. «Certes, l'ouverture des marchés s'est passée plus lentement qu'on le voulait, il y a eu d'énormes loupés notamment sur la réversibilité (la possibilité de retourner au tarif réglementé, ndlr). Cela fait partie de l'histoire, mais ce que je regrette toujours c'est qu'il n'y ait pas eu de communication institutionnelle vers les consommateurs, pour leur rappeler que changer de fournisseur, c'est possible, pas compliqué et pas définitif», dit-il.

Autre donnée du problème: le parc nucléaire d'EDF, qui lui permet de produire de l'électricité à prix imbattable. Depuis un an, le groupe public est obligé de revendre à ses concurrents un quart de sa production électro-nucléaire, de quoi aider à rééquilibrer les rapports de force. Enfin, l'ouverture à la concurrence n'a pas permis d'empêcher les factures d'énergie de grimper (+25% en deux ans pour le gaz et +8% pour l'électricité), alors que de nouvelles hausses se profilent cet été. Certes, cela résulte de facteurs internationaux (comme la flambée du pétrole et des matières premières) et d'investissements incontournables dans les réseaux ou le parc nucléaire. Mais les associations de consommateurs, comme les opérateurs, se préoccupent de la montée de la précarité énergétique, qui frappe désormais 3,8 millions de foyers en France selon l'Insee. Pour l'enrayer, le nouveau gouvernement veut instaurer une «tarification progressive». Et les concurrents aimeraient pour commencer pouvoir eux aussi faire bénéficier leurs clients précaires du tarif social de l'électricité, resté la chasse gardée d'EDF.