Villiers-le-Bel: Un procès pour oublier les émeutes

JUSTICE Le policier mis en examen dans l'accident mortel de 2007 est jugé à Pontoise...

William Molinié

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L'accident de 2007 a coûté la vie à deux adolescents qui circulaient sur une mini-moto.
L'accident de 2007 a coûté la vie à deux adolescents qui circulaient sur une mini-moto. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Un procès, enfin. Cinq ans après l'accident mortel de deux adolescents renversés alors qu'ils circulaient sur une mini-moto le 25 novembre 2007 par une voiture de police à Villiers-le-Bel (Val-d'Oise), le conducteur du véhicule comparaît ce vendredi devant le tribunal correctionnel de Pontoise pour «homicide involontaire».

«On vit normalement ici»

A Villiers-le-Bel, où plusieurs jours d'émeutes avaient enflammé la ville, les habitants attendent ce procès avec impatience. «C'est la première fois qu'on va entendre le policier s'expliquer sur les faits», relève Aïcha, une jeune femme de 28 ans, croisée sur la place du Bois-Joli.

Devant un hall d'immeuble, à une centaine de mètres du lieu de l'accident, Cissé, 32 ans, estime que «Villiers-le-Bel a le droit de tourner la page. On vit normalement ici. Mais on nous ramène toujours cette histoire à la figure», poursuit-il. Depuis 2007, seuls les émeutiers ont été jugés. Des peines de prison d'un à trois ans ferme ont été prononcées pour les jeunes accusés de jets de projectiles. Concernant les tirs par arme à feu, deux habitants ont été condamnés en appel à trois et quinze ans de prison. Deux autres ont été acquittés. «Les autorités auraient largement pu éviter les émeutes en nommant dès le premier jour un juge d'instruction», avance un responsable d'association.

Cinq ans après, le moindre incident fait toujours trembler la ville. Comme cet accident survenu le 9 juin dernier entre deux jeunes et une voiture de police lors d'un contrôle. «Il n'y a pas eu d'étincelle. Mais ramener comme ils l'ont fait des fourgons de flics et les hélicoptères, c'est de la provocation», s'émeut un jeune qui fait des tours sur une mini-moto dans le quartier de la ZAC. Cette rancœur contre les policiers est désormais partagée par les plus âgés. «Les policiers manquent de respect. Quand ils parlent aux jeunes, j'ai l'impression qu'ils sont eux aussi devenus des voyous», s'agace Ibrahim, un quadragénaire du quartier des Carreaux. Il assure qu'il se rendra ce vendredi à Pontoise pour «entendre» le policier.