Les maltraitances infantiles sous-estimées

VIOLENCES La condamnation des parents de la petite Marina place la détresse des enfants sur le devant de la scène...

Delphine Bancaud

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Le dessin d'une petite fille qui témoigne des coups qu'elle subit.
Le dessin d'une petite fille qui témoigne des coups qu'elle subit. — CHAMELEONS EYE / REX / SIPA

«Il y aura un avant et un après Marina», indique Monette Cannamela, secrétaire générale de L'Enfant bleu. Aux lendemains de la condamnation des parents de Marina par les assises de la Sarthe, les associations de protection de l'enfance veulent lever le voile sur les maltraitances à l'égard des enfants. Un fléau largement sous-évalué, selon elles.

Les derniers chiffres officiels datent de 2007 et proviennent de l'Observatoire national de l'action sociale décentralisée: 20.000 enfants seraient maltraités en France chaque année. «Mais ces chiffres sont très sous-estimés car les départements, qui gèrent l'action sociale depuis 1986, ne font pas toujours remonter les informations. Or, selon The Lancet, qui se base sur plusieurs études, 10% des enfants seraient maltraités dans les pays occidentaux. Cela semble plus conforme à la réalité», explique le pédopsychiatre Daniel Rousseau, auteur d'un ouvrage sur le sujet*.

Des lacunes dans le repérage

Des chiffres minorés qui traduiraient aussi la difficulté à dépister les maltraitances. «Les médecins, professionnels de la petite enfance et les enseignants ne sont pas suffisamment formés», constate Daniel Rousseau. Autre écueil, selon Monette Cannamela: «Les assistants sociaux ne sont pas autorisés à entrer dans la maison, sans l'accord des parents. Les enfants sont rarement vus seuls et les visites prévues à l'avance.»

Parallèlement, le numéro 119 pour signaler un enfant en danger reste méconnu du grand public. Enfin, les associations déplorent l'insuffisance des unités d'accueil médico-judiciaires dans les hôpitaux, qui permettent d'interroger un enfant seul et de recueillir, parfois, ses confidences.

*Les grandes personnes sont vraiment stupides, éditions Max Milo, 2012, 18 euros.